Berlin : un influenceur musulman et gay organise un iftar inclusif et appelle à plus de tolérance

À Berlin, l’influenceur musulman et homosexuel Ali Darwich a réuni une quinzaine d’amis autour d’un iftar — le repas de rupture du jeûne pendant le Ramadan — pour transmettre un message de tolérance et d’inclusion entre croyants et communautés.

Âgé de 33 ans et d’origine palestinienne et libanaise, l’Allemand, connu sur Instagram sous le pseudonyme @alifragt (« Ali demande »), voit sa popularité croître rapidement sur les réseaux sociaux. Dans ses publications, il évoque les défis auxquels sont confrontés les jeunes musulmans queer et plaide pour davantage d’acceptation au sein des communautés religieuses.

Assis à table alors que le soleil se couche sur la capitale allemande, Darwich s’adresse à ses invités — musulmans et chrétiens, Allemands et personnes issues de l’immigration, homosexuels et hétérosexuels.

« Ce soir, nous voulons envoyer un message : peu importe d’où vient une personne, peu importe qui elle aime, peu importe à quel point elle est queer… elle n’est jamais “trop queer”. Elle est exactement telle qu’elle doit être », affirme-t-il avec un sourire.

Foi et identité

Darwich insiste sur le fait que sa foi reste essentielle dans sa vie.
« Je suis croyant, je crois en Dieu, et je trouve l’islam beau, tout comme le christianisme, le judaïsme et de nombreuses autres religions », explique-t-il.

Mais il reconnaît que l’acceptation des personnes homosexuelles demeure difficile dans certains milieux religieux — pas seulement chez les musulmans, mais aussi chez les chrétiens et d’autres croyants.

Ce message intervient dans un contexte préoccupant en Allemagne. Selon les chiffres de 2024 de l’Association des centres de conseil pour les victimes de violences d’extrême droite, racistes et antisémites, les violences visant les personnes LGBTQ+ ont augmenté de 40 % dans 12 des 16 Länder allemands par rapport à 2023.

Rompre l’isolement des musulmans queer

Dans l’une de ses vidéos Instagram, Darwich se filme seul à une table pendant le Ramadan pour évoquer la solitude que vivent certains musulmans homosexuels rejetés par leur famille. Les fêtes religieuses, censées être des moments de partage, deviennent alors particulièrement difficiles.

Il appelle les familles et les communautés à ouvrir leurs portes aux musulmans queer afin qu’ils ne passent pas seuls l’iftar.

« Vous méritez de rompre votre jeûne entourés de personnes qui vous acceptent — pleinement et sans conditions », affirme-t-il à ses abonnés.

Un coming out difficile

Le chemin personnel de Darwich n’a pas été simple. Lorsqu’il a révélé son homosexualité à sa mère, celle-ci a d’abord refusé d’y croire. Elle a pleuré et les deux ne se sont pas parlé pendant six mois. Plusieurs membres de sa famille élargie ont également pris leurs distances.

« Du jour au lendemain, je n’étais plus invité — ni au Ramadan ni aux fêtes familiales. Cela a été une période très difficile », confie-t-il.

Aujourd’hui, sa relation avec sa mère s’est apaisée. Durant cette période difficile, il explique que ses amis ont joué un rôle crucial en devenant une véritable famille de substitution.

Un iftar aux saveurs et aux cultures multiples

Le repas inclusif de cette semaine s’est déroulé chez son amie Randa Weiser, influenceuse germano-palestinienne suivie sur Instagram sous le nom @randa_and_the_gang. Elle y partage son quotidien avec son mari et ses trois enfants.

Pour l’occasion, elle a préparé un véritable festin : soupe de freekeh, riz jaune parfumé aux amandes, raisins secs et cardamome, pilons de poulet grillés et une variété de desserts.

« C’est un mélange très coloré ce soir », explique-t-elle. Autour de la table, la plupart des invités sont allemands, mais leurs familles viennent de pays aussi divers que la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Turquie, la Tchétchénie, la Syrie, l’Iran ou encore le Pérou.

Weiser reconnaît avoir reçu « quelques messages de haine » sur Instagram après avoir annoncé l’iftar inclusif. Mais, selon elle, la majorité de ses abonnés soutient l’idée que l’on peut être à la fois musulman et homosexuel.

Répondre à la haine par la solidarité

Parmi les invités figurait également Haidar Darwish, danseur oriental et artiste originaire de Syrie, arrivé en Allemagne en 2016. Pour l’occasion, il portait un fez rouge et une gallabiyah blanche brodée d’or.

Il estime que les attaques contre les femmes, les musulmans, les juifs et les personnes queer ont augmenté ces dernières années.

« Mais peu importe combien de haine certains nous montrent, nous pouvons répondre avec plus d’amour — tant que nous croyons en nous-mêmes », affirme-t-il. « Avec l’aide de nos alliés et de nos amis, nous nous en sortirons. »

À travers ces rencontres et ses prises de parole sur les réseaux sociaux, Ali Darwich espère contribuer à créer des ponts entre foi, identité et diversité — et rappeler que l’inclusion peut aussi commencer autour d’une table de Ramadan.

With Associated Press

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