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Le rapport de Guterres presse un retour à la table des négociations afin de trouver un règlement politique, tout en soulignant le soutien international croissant à l’initiative d’autonomie comme étant la solution la plus appropriée.
Par Hassan Al-Ashraf, journaliste et écrivain.
Antonio Guterres n’a pas caché sa grande inquiétude face à la situation humanitaire des populations des camps de Tindouf, précisant que les habitants souffrent d’un manque de financement, d’une absence de services de base, d’un taux de malnutrition aiguë de 13 % et d’un taux de retard de croissance chez les enfants dépassant les 30 %.
Le ton du rapport de Guterres, qui met en garde contre la dangerosité de la persistance du conflit au Sahara, indique explicitement que le prolongement de ce différend par certaines parties constitue un risque et une aventure périlleuse pour la paix et la sécurité internationales.
Dans le rapport qu’il a récemment présenté à l’Assemblée générale, le Secrétaire général des Nations Unies a particulièrement insisté sur la menace que fait peser le statu quo au Sahara Occidental sur la stabilité régionale, déplorant la longévité de ce conflit qui s’apprête à franchir la barre des 50 ans.
Des analystes ont tiré la sonnette d’alarme concernant les risques géopolitiques découlant de ce demi-siècle de tensions, notamment les menaces sécuritaires liées à la propagation du chaos et de l’instabilité dans la région du Maghreb, sans oublier le gaspillage des opportunités économiques et de développement. Ils ont insisté sur la nécessité pour toutes les parties de s’asseoir à la table des négociations pour instaurer un règlement politique à ce dossier complexe.
Les inquiétudes de Guterres
Le Secrétaire général a indiqué que durant la période couverte par le rapport, « la situation au Sahara occidental est marquée par des tensions et des hostilités de faible intensité entre le Maroc et le Front Polisario ».
Dans son rapport annuel exposant les derniers développements du conflit régional, Guterres a déclaré : « Je reste profondément préoccupé par l’évolution de la situation au Sahara occidental. La détérioration continue de la situation est alarmante et insupportable ; il est impératif d’inverser cette tendance de toute urgence pour éviter une escalade supplémentaire. »
Le responsable onusien a renouvelé son appel à toutes les parties concernées (faisant notamment référence au Maroc, à l’Algérie et au Front Polisario) afin qu’elles œuvrent à « changer de trajectoire sans délai, avec la médiation des Nations Unies et le soutien de la communauté internationale, pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable ».
Guterres a ajouté : « À l’approche du 50e anniversaire du conflit, le contexte actuel rend l’obtention d’une solution politique plus urgente que jamais. Je continue de croire qu’une telle solution est possible. »
Parallèlement à cet espoir prudent, Guterres a souligné la détresse humanitaire dans les camps de Tindouf, mentionnant le manque de ressources et la précarité sanitaire qui frappe les populations, notamment les enfants. Il a également évoqué les tensions militaires, rappelant la poursuite des affrontements près de la zone de Mahbes, les tirs de projectiles près de la ville de Smara, ainsi que des frappes aériennes présumées au-delà du « mur de sable » ayant causé la mort de 11 personnes originaires de Mauritanie, du Mali et du Soudan.
Une menace pour la paix régionale
Abdel-Fattah El-Fatihi, directeur du Centre du Sahara et de l’Afrique pour les études stratégiques, estime que le ton alarmiste du rapport signifie que le maintien de ce conflit par certaines parties est un pari risqué sur la sécurité internationale.
Selon El-Fatihi, « l’avertissement du Secrétaire général indique que la communauté internationale n’accepte plus les surenchères sur la stabilité de la région, alors que le Polisario mène des actes hostiles en ciblant des zones civiles à Smara et Mahbes par des projectiles ».
Le rapport mentionne que la MINURSO, à la demande et avec l’escorte de l’armée marocaine, a visité les sites adjacents au mur de sable où ces incidents ont eu lieu. La mission a observé des traces d’explosions de munitions d’artillerie dans la plupart des cas, sans toutefois enregistrer de dégâts majeurs.
L’analyste poursuit en affirmant que Guterres invite les parties qui ne respectent pas les recommandations du Conseil de sécurité à prendre acte des évolutions majeures du dossier, notamment le renouvellement de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara et la considération de l’initiative d’autonomie comme l’unique solution.
En effet, le président américain Donald Trump a réitéré en ce mois d’août son soutien explicite à la souveraineté marocaine. Dans un message adressé au roi Mohammed VI, il a qualifié le plan d’autonomie de solution « unique, réaliste et sérieuse », alors que l’Algérie continue de rejeter cette option, s’accrochant au référendum d’autodétermination.
Pour El-Fatihi, le rapport de Guterres appelle de fait à une accélération des négociations en tenant compte du soutien international massif au plan marocain, perçu comme l’issue la plus viable à ce conflit artificiel. Ces avertissements sont, selon lui, une invitation à trouver une solution avant la fin du mandat de la MINURSO, prévue pour la fin octobre prochaine.
Des risques géopolitiques
Le conflit du Sahara a débuté en 1975 avec le retrait de l’Espagne, suite à la « Marche Verte » lancée sous le règne du feu roi Hassan II. Une guerre a alors éclaté entre le Maroc et le Front Polisario avant qu’un cessez-le-feu ne soit instauré sous la supervision de l’ONU en 1991. Cependant, le différend n’ayant pas été résolu entre les deux parties, ce conflit s’apprête désormais à dépasser le cap du demi-siècle.
Un conflit d’une telle longévité engendre inévitablement des risques géopolitiques complexes et imbriqués, susceptibles de mener à des scénarios dramatiques dans la région du Maghreb. Mohamed Zahraoui, spécialiste en sciences politiques et relations internationales, résume ces menaces selon quatre axes principaux :
Premièrement, selon Zahraoui, des risques sécuritaires liés principalement à la propagation du chaos et à l’extension de l’instabilité dans la région maghrébine. Le maintien de cet état de « ni guerre, ni paix » se traduit par une hausse des budgets d’armement et la persistance des tensions et des crispations entre le Maroc et l’Algérie.
Deuxièmement, le chercheur pointe le risque géopolitique de la paralysie continue de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Le conflit du Sahara est la cause principale de l’inertie que connaît cette organisation, conséquence directe de la confrontation entre Rabat et Alger. Ainsi, la persistance du problème saharien signifie le maintien du statu quo, marqué par une polarisation et des tiraillements intenses entre les deux pays.
Troisièmement, Zahraoui souligne le gaspillage des opportunités économiques et de développement. Les blocages politiques se sont répercutés sur les échanges commerciaux entre les pays de l’Union. Cette situation signe la perte continue d’occasions de croissance en raison de la faiblesse des échanges intermaghrébins, de la fermeture des frontières et de l’incapacité à exploiter le potentiel humain et les ressources naturelles d’un marché qui demeure pourtant prometteur.
Quatrièmement, l’expert n’omet pas de mentionner la tragédie humanitaire persistante dans les camps de Tindouf. Le prolongement du conflit sur cinquante ans fait craindre une explosion de la situation sociale dans les camps et l’émergence de menaces régionales telles que le terrorisme, le trafic d’armes, le trafic de drogue et la traite des êtres humains.
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