#Maghreb #Maroc #Algérie #Mauritanie #Tunisie #UMA #UnionduMaghrebArabe
Idriss Ihmid*
Les peuples du Maghreb sont liés par des relations sociales et historiques profondes, y compris au niveau des responsables politiques. Ils partagent de nombreuses coutumes et traditions qui mettent en évidence les liens culturels entre la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye.
L’histoire atteste des déplacements et des installations entre ces pays sans frontières, entre le Maroc et le pays de Chinguetti, l’Algérie et la Libye, ainsi que la Tunisie, au point que des populations sont devenues citoyennes de ces États. Elle témoigne également de la lutte commune contre le colonialisme français et italien. Parmi ces événements, on peut citer le massacre de Sakiet Sidi Youssef entre la Tunisie et l’Algérie, où le colonisateur français a bombardé le village, faisant 76 martyrs civils, femmes et enfants tunisiens et algériens, et 148 blessés. On peut également mentionner la bataille d’« Isin » entre la Libye et l’Algérie en 1957 contre le colonisateur français, où le sang libyen et algérien s’est mêlé, ainsi que le soutien marocain, tunisien et libyen à la révolution algérienne. Ces liens contribuent à la formation d’une identité maghrébine commune, malgré les défis politiques et économiques auxquels ces pays peuvent être confrontés.
Les principaux fondements qui lient les peuples du Maghreb
1. La langue arabe et la langue amazighe sont les deux principales langues dans la majorité des pays du Maghreb, ce qui renforce les liens entre les peuples de la région.
De plus, les dialectes locaux se ressemblent fortement, facilitant la communication et la compréhension mutuelle dans la vie quotidienne.
2. L’islam est la religion principale dans tous les pays du Maghreb arabe, constituant ainsi une base culturelle et religieuse commune.
3. L’histoire partagée des peuples du Maghreb, marquée par une succession de civilisations — amazighe, phénicienne, romaine, islamique et colonisation européenne — au cours de laquelle les peuples ont uni leur sang face au colonialisme, à travers le soutien militaire, les dons, l’accueil et l’appui politique entre gouvernements et populations.
4. La géographie et le destin commun : la région se caractérise par une unité géographique facilitant la communication ainsi que les échanges économiques et sociaux, tout en faisant face à des défis communs en matière de développement et de sécurité.
Économie et intégration régionale
Il existe des tentatives visant à renforcer la coopération économique à travers l’Union du Maghreb arabe, malgré les défis politiques qui entravent la réalisation d’une intégration effective.
Tentatives d’unification maghrébine
Des efforts ont été déployés à plusieurs reprises pour créer l’Union du Maghreb. La première rencontre eut lieu lors de la conférence de Tanger au Maroc, avec la participation du Parti de l’Istiqlal marocain, du Néo-Destour tunisien et du Front de libération nationale algérien. Cette rencontre fut suivie du premier congrès des partis maghrébins. Après l’indépendance des pays du Maghreb, la Commission consultative du Maghreb arabe fut créée en 1964, avec pour objectif de renforcer les relations économiques entre les États maghrébins.
Les tentatives se sont poursuivies à travers la signature de plusieurs accords, notamment :
- La déclaration de Djerba entre la Tunisie et la Libye en 1974.
- L’accord de Hassi Messaoud, signé entre la Libye et l’Algérie le 28 juillet 1971, visant à renforcer la coopération dans les domaines de l’énergie et de l’économie.
- Le traité de Mostaganem, signé entre la Libye et l’Algérie en 1983, destiné à renforcer la coopération bilatérale, notamment sur les plans politique et économique.
La création de l’Union du Maghreb arabe
La réunion de Zéralda en Algérie, tenue en 1988 entre les dirigeants des pays du Maghreb, est considérée comme une étape fondamentale vers la création de l’Union du Maghreb arabe. Elle fut suivie par la rencontre de Marrakech réunissant les dirigeants du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie, de la Tunisie et de la Libye, qui s’est conclue par la signature du Traité de l’Union du Maghreb arabe le 17 février 1989, dans le but de réaliser l’intégration économique et la coordination politique entre les pays de la région.
Le gel des institutions de l’Union du Maghreb
Les divergences et différends politiques entre les États membres ont eu de lourdes répercussions, en particulier le conflit entre le Maroc et l’Algérie autour de la « question du Sahara ». Les relations ont oscillé entre périodes d’amélioration et de tension à chaque changement politique en Algérie. Ce dossier est ainsi devenu le principal obstacle à l’activation du rôle de l’Union, en raison également de la faiblesse des autres États maghrébins et de l’institution de l’Union elle-même à proposer une solution neutre, ainsi que de l’inefficacité de la Ligue arabe, de l’Union africaine, de l’Organisation de la coopération islamique et même des pays du Golfe liés aux deux États.
Le rôle économique de l’Union du Maghreb
L’entité maghrébine occupe une position importante à l’échelle régionale et internationale. Elle bénéficie d’un emplacement stratégique reliant les continents du monde, entre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique, constituant une passerelle entre le Machrek et le Maghreb arabes, et entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Sa population atteint 120 millions d’habitants, elle couvre une superficie de 6 millions de kilomètres carrés, soit 40 % du territoire du monde arabe. Ses exportations s’élèvent à 47,53 milliards de dollars, représentant 17,8 % des exportations du monde arabe.
Les pays du Maghreb disposent de richesses considérables et variées : pétrole et gaz, phosphates, or et fer, huiles, poissons, produits agricoles, artisanat, industrie automobile et équipements industriels et agricoles, industrie touristique, ainsi qu’une main-d’œuvre qualifiée.
Les États maghrébins peuvent renforcer leur coopération économique avec leur environnement arabe et devenir un pilier du travail économique arabe commun dans tous les domaines, en tant que concurrent à des blocs comme l’Union européenne, qui dépend largement de la main-d’œuvre maghrébine, ainsi qu’avec les groupes BRICS et ASEAN. Ils disposent également d’un environnement africain dans lequel les pays du Maghreb ont joué un rôle politique et historique majeur en soutenant l’indépendance des États africains et en contribuant à la création de l’Organisation de l’unité africaine, puis de l’Union africaine. Les pays de l’Union du Maghreb ont un rôle essentiel à jouer dans le renforcement de l’entité africaine sur les plans économique et politique, afin qu’elle occupe une place digne parmi les blocs internationaux.
Les tensions entre l’Algérie et le Maroc
Les deux pays disposent d’une opportunité historique et d’obligations envers les peuples de l’Union, aux côtés des autres États maghrébins, notamment en aidant la Libye à résoudre sa crise afin qu’elle puisse reprendre son rôle dans son environnement arabe, maghrébin et africain.
Afin de donner à l’entité maghrébine, dont le potentiel n’a pas encore été pleinement exploité, le rôle réel qui lui revient sur les plans politique et économique, au niveau arabe, africain et international, et de s’engager sur la voie du développement durable.
Il existe également un facteur fondamental sur lequel il est possible de s’appuyer : les liens sociaux, culturels et religieux entre les peuples du Maghreb, qui attendent l’opportunité de se renforcer, de se concrétiser et de coopérer.
*Journaliste et chercheur en sciences politiques
Soyez le premier à commenter