Par Abbas Mimouni
L’Algérie et l’Arabie saoudite ont discuté, mardi, des moyens de renforcer leur coopération commune, dans un contexte de tensions et de défis régionaux qui semblent imposer aux deux pays un rapprochement plus étroit.
Lundi, le ministre saoudien de l’Intérieur, Abdelaziz ben Saoud, a entamé une visite en Algérie qui n’avait pas été annoncée au préalable, et dont la durée ainsi que l’ordre du jour n’avaient pas été précisés. La présidence algérienne a indiqué, dans un communiqué, que le président Tebboune a tenu une « séance élargie » avec le ministre saoudien et la délégation qui l’accompagne. Habituellement, le président Tebboune ne tient de telles séances au palais présidentiel qu’avec des chefs d’État ou de gouvernement, ce qui reflète l’importance accordée à la visite du ministre saoudien.
Si la partie algérienne n’a pas divulgué le contenu précis de la rencontre — à laquelle ont assisté le directeur de cabinet de la présidence Boualem Boualem ainsi que le ministre de l’Intérieur Saïd Saayoud —, l’agence de presse officielle saoudienne (SPA) a rapporté que les deux parties ont « examiné les moyens de renforcer les relations et la coopération sécuritaire entre les deux pays ». De son côté, Abdelaziz ben Saoud a déclaré via son compte sur la plateforme « X » qu’il avait rencontré le président Tebboune sur instructions du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.
Opportunités d’investissement
Parallèlement à cette visite sécuritaire, une délégation d’investisseurs saoudiens explore des opportunités dans les domaines de l’aquaculture et de la pêche maritime avec le ministère algérien de l’Agriculture. Ces dernières années, l’accent mis par les deux pays sur le renforcement de la coopération économique et commerciale est devenu flagrant, reflétant l’excellence de leurs relations politiques. Pour rappel, Abdelmadjid Tebboune avait choisi l’Arabie saoudite comme première destination à l’étranger peu après son élection en décembre 2019. En avril dernier, Alger a accueilli le Forum des affaires algéro-saoudien, couronné par la signature d’accords d’investissement dans plusieurs secteurs. L’ambassadeur saoudien à Alger avait alors révélé que les échanges commerciaux atteignaient environ un milliard de dollars, précisant toutefois que ce chiffre « ne reflète pas encore le niveau des relations solides » entre les deux nations.
Défis régionaux
La coopération sécuritaire entre Alger et Riyad est jugée cruciale, les deux pays faisant face à des menaces à leurs frontières respectives. En tant que puissances régionales, ils partagent des engagements en faveur de la stabilité et de la lutte contre le terrorisme transfrontalier. Les deux pays affichent des positions convergentes sur les crises au Soudan et en Somalie. En décembre dernier, ils ont signé une déclaration commune avec d’autres pays arabes condamnant la reconnaissance mutuelle entre Israël et la région séparatiste de Somalie (Somaliland), réaffirmant leur soutien total à l’intégrité territoriale somalienne. Ils soutiennent également l’unité du Soudan sous la direction d’Abdel Fattah al-Burhan.
Crises aux frontières
Selon les observateurs, l’Algérie et l’Arabie saoudite partagent un rejet du rôle de l’Émirat dans certains dossiers régionaux, un rôle que les critiques jugent générateur de crises à leurs frontières. Riyad a ouvertement accusé les Émirats de faire pression sur les forces du Conseil de transition sud-yéménite pour mener des opérations militaires à la frontière sud du Royaume. De même, Khartoum, soutenu par Riyad, accuse Abou Dhabi de soutenir les « Forces de soutien rapide » (FSR) en rébellion contre l’armée soudanaise.
De son côté, l’Algérie a affirmé à plusieurs reprises que les tensions avec certains pays du Sahel, notamment le Mali, sont attisées par des parties extérieures « connues pour leur implication dans l’effusion de sang et l’utilisation de mercenaires ». Lors d’un discours en octobre dernier, Tebboune a déclaré : « Nos relations avec les pays du Golfe, à l’exception d’un seul État que je ne nommerai pas, sont fraternelles et nous coopérons quotidiennement, que ce soit avec les Koweïtiens, les Saoudiens, les Qataris, les Omanais ou les Irakiens ». La presse algérienne a explicitement accusé les Émirats de « nuire à la sécurité nationale ». Le 3 janvier, le journal El Khabar s’interrogeait sur une possible rupture des relations avec Abou Dhabi, l’accusant de financer le mouvement séparatiste « MAK » (classé terroriste par Alger), de soutenir des réseaux de trafic de drogue via la frontière libyenne et de financer des campagnes de propagande hostiles dans les pays voisins.
Les Émirats arabes unis ont nié à plusieurs reprises ces accusations, affirmant qu’ils ne s’ingèrent pas dans les affaires intérieures des autres États et qu’ils contribuent à la sécurité et à la stabilité régionales.
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