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Par Kirsten Knipp
La Grande-Bretagne soutient désormais elle aussi la position du Maroc dans le conflit du Sahara occidental, à savoir le plan d’autonomie. Il s’agit d’un nouveau succès diplomatique pour Rabat, qui continue d’imposer sa vision au niveau international, tandis que les partisans de l’indépendance du Sahara et l’Algérie voisine perdent du terrain.
La Grande-Bretagne a adopté une nouvelle posture dans le conflit du Sahara occidental : le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a annoncé dimanche dernier (1er juin 2025), lors de sa visite au Maroc, que le plan d’autonomie marocain représentait la position « la plus crédible ». M. Lammy a ajouté que cette proposition, qui remonte à 2007, constitue « la base la plus pragmatique et la plus viable pour une solution durable au conflit ».
Pendant des décennies, Londres soutenait le droit à l’autodétermination de ce territoire contesté, préconisé par les Nations Unies. Aujourd’hui, Londres s’écarte à son tour de cette voie, suivant ainsi un groupe d’autres pays, majoritairement occidentaux.
De son côté, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a salué le changement de position de la Grande-Bretagne. Selon des rapports médiatiques, il a déclaré que cette nouvelle posture britannique contribuait de manière « essentielle » à renforcer le processus onusien pour parvenir à une solution finale et acceptable pour les deux parties.
Dans son plan présenté en 2007, le Maroc propose d’accorder au Sahara occidental une autonomie qu’il qualifie de large, mais sous souveraineté marocaine.
« Une position diplomatiquement équilibrée avec intelligence »
À ce sujet, Isabelle Werenfels, experte du Maghreb à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin, a déclaré lors d’un entretien avec la DW que la position de la Grande-Bretagne est diplomatiquement équilibrée avec intelligence. Il convient de prêter attention au choix des mots : « Lorsque le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, décrit la proposition marocaine comme la solution « la plus crédible », il ne dit pas qu’elle est la seule. La Grande-Bretagne semble réservée et flexible dans sa position — contrairement à la France ».
En effet, l’été dernier, le président français Emmanuel Macron avait qualifié la proposition marocaine de « seule base » pour la résolution du conflit. Cela a particulièrement suscité la colère de l’Algérie, qui prône l’indépendance totale du Sahara occidental. Depuis lors, les relations franco-algériennes sont tendues. Cette démarche est d’autant plus importante que la France est un membre permanent du Conseil de sécurité, comme l’a expliqué il y a quelques semaines à la DW le politologue Hasni Abidi, du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERNAM) à Genève.
Le président américain Donald Trump avait, lors de son premier mandat, reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ouvrant ainsi la voie à d’autres et ignorant la position antérieure des Nations Unies. Il récompensait ainsi la volonté du Maroc d’établir des relations diplomatiques avec Israël.
Depuis 2022, l’Espagne soutient également le plan d’autonomie marocain. Cependant, l’Espagne tente de le faire de manière équilibrée, à l’instar de ce que fait la Grande-Bretagne aujourd’hui. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a décrit le plan marocain comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible ».
De son côté, la Grande-Bretagne cherche également à agir avec sagesse diplomatique tout en tenant compte de l’ONU, comme l’explique l’experte Isabelle Werenfels : « Londres continue d’insister, comme auparavant, sur l’importance du processus politique mené par les Nations Unies ».
Depuis longtemps, l’ONU propose l’organisation d’un référendum par lequel les habitants du Sahara occidental voteraient pour décider s’ils souhaitent appartenir au Maroc ou s’en détacher par l’indépendance.
Une région convoitée
Le Sahara occidental a été une colonie espagnole jusqu’à une période tardive du XXe siècle. L’Espagne a commencé à évacuer ses positions en 1976. Avant cela, le Maroc avait pris le contrôle de la partie nord du Sahara occidental, puis, peu de temps après, de sa partie sud.
En 1973, le Front Polisario a été fondé. Il se considère comme le représentant des Sahraouis qui y vivent traditionnellement et lutte pour l’indépendance du Sahara occidental avec le soutien de l’Algérie. En 1976, il a proclamé la « République arabe sahraouie démocratique », qui n’est pas reconnue internationalement. Peu après, des affrontements armés ont éclaté avec l’armée marocaine. La souveraineté effective du Maroc sur le Sahara occidental n’est pas reconnue à ce jour par le droit international.
Le Sahara occidental est également une région convoitée pour ses ressources naturelles. Ses réserves de phosphate sont parmi les plus importantes au monde. Avant le cessez-le-feu de 1991, le Maroc a commencé à construire un mur de sable, plaçant ainsi les zones riches en ressources à l’intérieur du territoire contrôlé par le Royaume. Le Maroc a également instauré d’autres réalités sur le terrain : depuis le début du XXIe siècle, il investit dans la construction d’hôtels, de stations balnéaires et d’installations de loisirs, notamment autour de la ville de Dakhla, au sud-ouest du Sahara occidental, pour attirer les touristes. Un aéroport y est d’ailleurs opérationnel depuis 1993.
L’importance croissante du Maroc
La démarche britannique démontre à nouveau l’importance croissante du Maroc pour un grand nombre de pays occidentaux. Pour l’Espagne, il s’agit avant tout de la lutte contre l’immigration, analyse Isabelle Werenfels. De nombreux réfugiés tentent d’entrer de manière irrégulière en Espagne et dans l’Union européenne, notamment via les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla situées à la frontière avec le Maroc. Ce dernier s’efforce depuis longtemps de mieux sécuriser ses frontières avec ces deux enclaves, probablement en échange du soutien espagnol à la position marocaine sur le Sahara.
Quant à la Grande-Bretagne, elle a probablement des intérêts principalement économiques, selon Werenfels : « En 2024, les deux pays ont considérablement élargi leurs relations commerciales ». Selon un rapport de l’agence de presse officielle marocaine MAP, Londres « étudierait des mesures, notamment le soutien à des projets au Sahara ».
De manière générale, le Maroc se présente avec un succès croissant comme une porte d’entrée vers l’Afrique, comme le souligne Isabelle Werenfels. Son attractivité en tant que site de production augmente également. Même « la Chine y est de plus en plus présente — ce qui pourrait aussi encourager les Européens à renforcer leur engagement sur place ».
L’Algérie est-elle impuissante ?
Cette dynamique pourrait désormais fragiliser davantage l’ancienne position des Nations Unies. Il est fort probable que l’Algérie, voisine et rivale du Maroc, se retrouve de plus en plus isolée dans sa position, tout comme le Front Polisario qu’elle soutient. Ainsi, il semble que l’importance économique croissante de l’Algérie en tant que fournisseur de gaz n’ait pas renforcé sa position sur la question du Sahara occidental. Certes, l’Algérie entretient également des relations étroites avec des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU — notamment la Russie et la Chine — mais ces relations ne se sont pas manifestées de manière marquante sur le dossier du Sahara jusqu’à présent. La présence chinoise au Maroc indique d’ailleurs que Pékin privilégie avant tout ses intérêts économiques dans la région.
Ce changement de tendance est manifestement perçu à Alger, comme l’explique Isabelle Werenfels : « Le gouvernement algérien a réagi avec une réserve surprenante aux déclarations britanniques. À l’inverse, il avait rappelé son ambassadeur à Madrid lorsque l’Espagne avait pris position ». Cette fois-ci, seule une condamnation verbale a été émise. Parallèlement, le différend entre l’Algérie et la France continue de s’approfondir, bien qu’il soit également lié au passé colonial entre les deux pays. Enfin, pour le Maroc, les choses évoluent favorablement même au sein de l’Afrique : il a été annoncé il y a quelques jours que le Kenya soutenait désormais lui aussi le plan d’autonomie de Rabat.

