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Sahara occidental : il n’est pas surprenant que nous en soyons arrivés là

Le premier signal d'alarme sur le changement de direction du vent concernant le Sahara occidental fut l'intervention du président Donald Trump lors de son premier mandat et son adoption de la position marocaine, suivi par l'Espagne, la France, puis la Grande-Bretagne et d'autres pays moins influents sur la scène internationale.

Par Taoufik Rabbahi*

Le vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le projet de résolution américain adoptant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental peut être considéré comme le développement le plus important du conflit depuis 1991.

Ce résultat n’a rien d’une surprise. C’était une question de « quand » et non de « si ». Celui qui n’a pas vu venir ce tournant ne doit s’en prendre qu’à lui-même. Tout le monde a parié sur le temps — le Maroc, le Polisario et l’Algérie — et c’est le Maroc qui l’a emporté. Ce résultat est le fruit naturel de dix-huit années de deux approches diplomatiques opposées : l’une marocaine, fondée sur la patience et un travail acharné et continu ; l’autre, celle de l’Algérie et du Polisario, basée sur la réaction, la manœuvre tactique et l’attentisme. Cette dernière approche n’a pas su déceler les signes de changement dans le monde, ni pris en compte le fait que le changement pouvait être profond, dangereux et défavorable. Et c’est ce qui est arrivé.

Le premier signal d’alarme sur le changement de direction du vent concernant le Sahara occidental fut l’intervention du président Donald Trump lors de son premier mandat et son adoption de la position marocaine, suivi par l’Espagne, la France, puis la Grande-Bretagne et d’autres pays moins influents sur la scène internationale.

L’autre camp disposait encore d’une marge de manœuvre s’il avait adopté une diplomatie flexible et proactive, mais il ne l’a pas exploitée. Il n’a pas pris au sérieux le fait que nous sommes dans « le monde de Trump » : un monde où rien n’a de valeur, ni le Congrès, ni les tribunaux, ni les Nations Unies, ni les lois internationales, ni même les normes et valeurs convenues par le système international après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui n’était en 2007 qu’une simple idée ayant étonné beaucoup de monde, y compris au Maroc, est devenu aujourd’hui un plan concret soutenu par les puissants de ce monde qui veulent le mener à son terme. Si la période 2007-2020 était quelque peu trompeuse pour le Polisario et l’Algérie car l’idée de l’autonomie stagnait ou avançait à pas de tortue, la période de 2020 à aujourd’hui peut être considérée comme la phase de vitesse maximale et l’âge d’or de cette idée.

À la lecture rapide du document de l’ONU qui a couronné la réunion du Conseil de sécurité, il apparaît clairement que les Nations Unies ont capitulé devant les désirs des États-Unis et adopté la vision américaine pour le règlement du conflit. Or, les désirs des États-Unis ne sont pas toujours désintéressés ni justes. Le président Donald Trump s’efforce de convaincre le monde qu’il est l’homme du règlement des conflits et le pompier des guerres. Mais il le fait à sa manière : tout ce qui lui importe, c’est que l’histoire se souvienne de lui comme d’un faiseur de paix ayant réglé tel conflit en tant de mois. Quant au « comment » et au détriment de « qui » ou de « quoi », c’est le cadet de ses soucis. Quiconque croit que Trump est un homme de paix s’illusionne. (Un homme de paix ne cherche pas la paix quelque part tout en faisant le contraire ailleurs, en ciblant la stabilité d’États dans son « arrière-cour » comme le Venezuela et la Colombie, et en planifiant le renversement de leurs régimes).

Il faut lire les interventions de Trump dans les conflits en suspens, y compris le Sahara occidental, dans le contexte de sa soif personnelle et de celle de son pays, comme à son habitude, de s’approprier les richesses des États et des peuples. Il faut aussi les placer dans le contexte du narcissisme qui caractérise sa personnalité et de sa quête du prix Nobel de la paix, quitte à imposer des solutions. Le Sahara occidental sera un autre titre qu’il ajoutera à la liste des conflits qu’il prétendra avoir réglés devant le comité Nobel le jour où il présentera sa candidature. Alors qu’Israël tue quotidiennement des dizaines de Palestiniens à Gaza, Trump s’obstine à affirmer que l’accord de cessez-le-feu tient bon, même si ce n’est pas le cas. Admettre que la trêve est fragile entacherait le romantisme de sa démarche et son rêve de prix Nobel et d’entrée dans l’histoire ; il faut donc maintenir que tout va bien.

L’autre lecture à ne pas écarter pour expliquer l’adoption par le Conseil de sécurité d’un projet de résolution américain dont tout le monde connaît les fondements et les buts, est la peur des membres envers Trump et ses représailles. Un chef d’État qui menace la Cour pénale internationale et ses hauts magistrats des pires sanctions, et qui punit la rapporteuse de l’ONU Francesca Albanese, n’hésitera pas à agir de manière impétueuse contre des diplomates étrangers ou une mission internationale à New York. Et personne ne l’en empêchera ou n’osera l’interroger.

Le projet comporte d’autres défauts qui nuisent aux Nations Unies. Le plus flagrant est l’éloge du plan d’autonomie considéré comme une base sérieuse de négociation. L’ONU découvre-t-elle seulement aujourd’hui que ce plan est sérieux ? Où était-elle ces dix-huit dernières années ? Le document (américain) stipule que le Conseil de sécurité appelle les deux parties à négocier sans conditions préalables, mais la phrase suivante impose que la négociation reste sous le couvert de l’autonomie.

L’exécution de la résolution sera le véritable test. Puisque la partie parrainant le règlement proposé n’est pas neutre et ne cherche pas à l’être, il est possible que ce processus consomme beaucoup de temps et d’énergie, ou qu’il échoue totalement. Et en cas d’échec, personne n’a de réponse pour la suite. Trump aura déjà obtenu son prix Nobel et se sera tourné vers d’autres transactions, laissant la région (et le monde entier) dans une nouvelle phase d’ambiguïté et de stagnation.

Le sujet n’est pas encore clos comme le souhaitent la partie américaine et les enthousiastes du vote de la semaine dernière. Le projet de résolution a pris soin de conserver des termes pour satisfaire le Polisario et l’Algérie, tels que « autodétermination », « solution juste et acceptable » et la prorogation de la MINURSO pour une année complète au lieu de six mois. Mais le diable se cache dans les détails. Ces termes sont en réalité des mines plus que des messages de réassurance.

*Écrivain et journaliste algérien

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