Sahara occidental : les coulisses du plan de paix américain dévoilées

La négociation porte désormais sur l'étendue des prérogatives d'une région autonome au Sahara Occidental au sein d'un Maroc souverain. Un changement de paradigme que le Front Polisario et l'Algérie, qui parlent d'une même voix, semblent avoir accepté, malgré des divergences persistantes sur le contenu.

Des négociations exclusives organisées par Washington à Madrid ont révélé les contours d’un accord-cadre imposé par l’administration Trump. Le plan d’autonomie marocain, actualisé et enrichi, fait désormais office de « seul document sur la table », écartant définitivement l’option d’un référendum d’indépendance. Mais les divergences persistent sur la répartition des pouvoirs, la gestion des ressources et le sort des réfugiés de Tindouf.

C’est une page qui se tourne dans l’un des conflits les plus longs d’Afrique. Réunies à l’initiative de Donald Trump dans l’enceinte de l’ambassade américaine à Madrid les 8 et 9 février, toutes les parties prenantes du dossier sahraoui – Maroc, Front Polisario, Algérie et Mauritanie – ont repris le chemin des négociations sous un format inédit. Sept ans après la dernière tentative de dialogue, les États-Unis affichent une détermination sans faille : aboutir à un accord-cadre d’ici le printemps.

L’autonomie comme seule issue

Contrairement aux rounds précédents, le cadre des discussions a été radicalement redéfini par le parrain américain. Si la résolution 2797 du Conseil de sécurité d’octobre 2025 appelait à des négociations « prenant pour base » le plan d’autonomie marocain, les organisateurs de la rencontre de Madrid sont allés plus loin. Il a été clairement signifié aux participants que le projet actualisé présenté par Rabat constituait « le seul document sur la table », excluant de facto toute option indépendantiste.

Exit donc l’idée d’un référendum d’autodétermination, qui avait longtemps structuré la position du Polisario et de son soutien algérien. La négociation porte désormais sur l’étendue des prérogatives d’une région autonome au sein d’un Maroc souverain. Un changement de paradigme que le Front Polisario et l’Algérie, qui parlent d’une même voix, semblent avoir accepté, malgré des divergences persistantes sur le contenu.

L’épineuse question des équilibres institutionnels

Le plan marocain, élaboré sous la supervision du roi Mohammed VI, prévoit la création d’une région autonome dotée d’un gouvernement, d’un parlement et d’une justice aux compétences propres. Rabat conserverait néanmoins les prérogatives régaliennes : défense, politique étrangère, monnaie, nationalité et symboles de souveraineté.

Mais c’est sur la répartition des pouvoirs que les discussions butent. Pour le Maroc, l’autonomie ne saurait créer une asymétrie avec les autres régions du royaume. Ainsi, le chef de l’exécutif régional devrait être nommé par le roi et non élu au suffrage universel, comme le revendique le Polisario. Le wali (gouverneur) resterait le représentant de l’État central, garant du lien avec l’unité nationale.

Le Front Polisario défend à l’inverse une « vraie autonomie », avec un dirigeant régional légitimé par les urnes et disposant de prérogatives substantielles : direction de l’administration régionale, nomination des hauts fonctionnaires, initiatives législatives et responsabilité devant le Parlement régional. Un déséquilibre qui, pour Rabat, supposerait une refonte trop profonde de l’architecture institutionnelle du royaume.

Ressources naturelles et retour des exilés

Le contrôle des richesses du territoire constitue un autre point de friction. Le Sahara occidental dispose d’eaux poissonneuses, de phosphates et d’un fort potentiel en énergies renouvelables. Le plan marocain prévoit qu’une partie seulement de ces revenus – selon un pourcentage à négocier – revienne à la région, sous forme d’impôts fonciers et de redevances sur l’exploitation des ressources. Le contrôle de la Cour des comptes du royaume s’appliquerait à ces flux, et les investissements étrangers seraient soumis à un double feu vert, régional et central.

La question humanitaire du retour des réfugiés de Tindouf, en Algérie, est également cruciale. Le plan prévoit le retour volontaire d’environ 165 000 Sahraouis, sous réserve d’une vérification de leur identité par un comité ad hoc. Condition sine qua non : ces exilés devront être désarmés et renoncer à leur revendication indépendantiste. Une procédure d’amnistie est prévue, à l’exclusion des crimes de guerre et contre l’humanité.

L’identité sahraouie, entre reconnaissance et assimilation

Le projet marocain prend en compte l’identité « hassanie » – la langue parlée par les Sahraouis – à travers la création d’un institut de promotion culturelle. Mais cette reconnaissance vise à intégrer cette spécificité dans l’identité nationale marocaine, sans aucune perspective sécessionniste. Une clause exclut explicitement tout droit à l’indépendance.

Un référendum national, pas local

Dernier point de divergence, et non des moindres : la validation du statut d’autonomie. Une fois négocié, il sera soumis à un référendum, mais pas celui que réclamaient le Polisario et l’Algérie. Rabat considère qu’il s’agit d’une modification constitutionnelle engageant l’ensemble des 37 millions de Marocains, et non les seuls habitants du Sahara. Une distinction que la presse algérienne aurait, selon certaines sources, tendance à confondre.

Alors que le rapport de forces, favorable au Maroc grâce au soutien explicite de Donald Trump, pousse à une accélération, les prochaines sessions de négociation devront trancher ces nœuds juridiques et politiques. L’objectif américain d’un accord-cadre avant l’été reste ambitieux, mais la feuille de route, elle, est désormais claire : l’autonomie, rien que l’autonomie.

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