Akhannouch s’appuie sur le parcours de la diplomatie royale, qui s’étend sur plus de 26 ans, en tant que facteur de stabilité ayant conféré au Maroc une crédibilité internationale, contribuant ainsi à un « tournant diplomatique décisif » en faveur de la vision marocaine.
Par Mohamed Ben Allal
Rabat — Dans des déclarations marquantes publiées lundi dans le journal La Razón, le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a réaffirmé les constantes de Rabat concernant la question du Sahara, en proposant une lecture politique qui dépasse le simple cadre informatif pour esquisser les contours de la nouvelle phase diplomatique dans laquelle s’inscrit le Royaume. Son propos sur une « position ferme et juste », sous la conduite du souverain marocain, le roi Mohammed VI, intervient à un moment où la question connaît une dynamique internationale croissante, à la suite de la récente résolution du Conseil de sécurité, qualifiée par Akhannouch de « tournant décisif » sur la voie du règlement.
Le discours d’Akhannouch révèle une volonté marocaine claire de capitaliser sur cette résolution afin de renforcer les fondements juridiques et politiques de l’approche de Rabat. Il a souligné que le Maroc a fait du soutien à son intégrité territoriale « l’essence même de ses partenariats internationaux », une démarche construite au fil des années grâce à un travail diplomatique discret et continu. Son message rejoint ainsi une lecture plus large selon laquelle Rabat cherche à transformer les évolutions de l’environnement international en levier de légitimation de son initiative d’autonomie, en redéfinissant les conditions de ses relations avec ses partenaires.
L’importance des déclarations d’Akhannouch apparaît plus clairement lorsqu’elles sont replacées dans le contexte du retour du dossier du Sahara au cœur des équilibres régionaux. Il indique que la récente décision onusienne place « toutes les parties face à leurs responsabilités » et ouvre la voie à une « opportunité historique » pour reconstruire un espace régional plus stable et plus prospère, exprimant ainsi la volonté du Maroc de passer de la gestion du conflit à la conception d’un nouveau cadre régional fondé sur le développement des provinces du Sud et la coopération économique.
Akhannouch met en avant le parcours de la diplomatie royale, s’étendant sur plus de 26 ans, comme un facteur de stabilité ayant conféré au Maroc une crédibilité internationale, ce qui a contribué à un « tournant diplomatique décisif » en faveur de la vision marocaine. Cette référence revêt une dimension analytique essentielle : le Maroc considère que ces évolutions ne sont pas de simples gains conjoncturels, mais le résultat d’une accumulation méthodique qui structure désormais les positions des acteurs internationaux et redessine la carte des alliances liées au dossier.
Un partenariat au cœur des équilibres
Les déclarations d’Akhannouch prennent une dimension supplémentaire lorsqu’il évoque le « rapprochement stratégique » entre le Maroc et l’Espagne sur la question du Sahara. L’éloge de la « clarté et de la constance » de la position espagnole ne relève pas d’une simple courtoisie diplomatique, mais consacre une ligne de démarcation dans la cartographie des positions européennes. Madrid, par son alignement sur les résolutions du Conseil de sécurité, est devenue pour Rabat un partenaire clé, non seulement dans la gestion des relations bilatérales, mais aussi dans la construction d’un cadre de stabilité régionale s’étendant aux espaces méditerranéen et africain.
La mise en avant des chiffres — l’Espagne en tant que premier partenaire commercial du Maroc, la présence de 800 entreprises espagnoles dans le Royaume et de 12 000 entreprises marocaines liées au marché espagnol — traduit la conscience que les relations économiques font désormais partie intégrante de l’architecture de l’influence politique dans le dossier du Sahara. Rabat mise ainsi sur le fait que l’imbrication des intérêts économiques renforce la durabilité des positions politiques et fasse du changement de position espagnol un choix stratégique plutôt qu’une décision circonstancielle.
Le rappel des liens humains, notamment la présence d’environ un million de Marocains en Espagne, s’inscrit également dans une approche qui considère les relations bilatérales comme un réseau complexe d’intérêts imbriqués, faisant de l’alignement de Madrid sur la vision de Rabat un facteur structurant des équilibres régionaux.
Les références d’Akhannouch à la coopération « responsable et équilibrée » en matière de migration montrent que Rabat et Madrid gèrent désormais ce dossier comme un élément d’une architecture globale de confiance, et non comme une simple gestion technique des flux migratoires. L’approche commune de lutte contre l’immigration irrégulière et les réseaux de traite des êtres humains est aujourd’hui perçue comme un outil de renforcement de la confiance politique, comme en témoigne la récente réunion de haut niveau à Madrid, au cours de laquelle la dynamique bilatérale a été couronnée par la signature de 14 accords traduisant le passage de la relation à un niveau plus institutionnalisé.
Les déclarations d’Akhannouch révèlent ainsi une tentative marocaine claire de lier les dossiers économiques, politiques et diplomatiques à la question du Sahara et de l’intégrer dans l’architecture de partenariats internationaux plus stables et plus clairs. Le Maroc, qui voit dans la conjoncture actuelle une opportunité pour consacrer son approche de l’autonomie, mobilise les évolutions régionales et internationales afin de renforcer sa position de négociation, à travers une politique qui considère le soutien à l’intégrité territoriale non seulement comme un enjeu politique, mais comme un fondement de la recomposition des relations économiques et des alliances régionales.
Ainsi, les déclarations du chef du gouvernement marocain apparaissent non seulement comme une explication d’une position officielle, mais comme un élément d’une stratégie plus large visant à reconstruire les alignements internationaux autour de la question du Sahara et à transformer les acquis diplomatiques en base solide pour le futur processus de règlement.
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