Sahara occidental : Washington impose son tempo diplomatique

Massad Boulos assume la centralité américaine : « Ce sont les États-Unis qui portent le dossier du Sahara occidental. Il nous incombe de réunir les parties régulièrement », a-t-il déclaré.

De nouvelles négociations secrètes sur l’avenir du Sahara occidental se sont tenues les 8 et 9 février à Madrid, à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis, selon des révélations du média espagnol El Confidencial. Autour de la table : des représentants du Maroc et du Front Polisario, rejoints par les chefs de la diplomatie algérien et mauritanien, ainsi que Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU.

Par Sidahmed Ali

Une rencontre inédite par son format et son niveau de participation. Elle fait suite à un premier round discret organisé fin janvier en Floride. D’autres sessions seraient déjà prévues dans les prochains mois. Objectif affiché par Washington : accélérer un processus enlisé depuis près d’un demi-siècle.

Les États-Unis en chefs d’orchestre

Aux manettes, Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique au département d’État et proche du président Donald Trump. Arabophone, réputé pour son style direct, il assume la centralité américaine : « Ce sont les États-Unis qui portent le dossier du Sahara occidental. Il nous incombe de réunir les parties régulièrement », a-t-il déclaré.

Depuis la reconnaissance par Washington en 2020 de la souveraineté marocaine sur le territoire, l’administration Trump a renforcé son rôle, au point que certains observateurs évoquent un effacement progressif de l’ONU du cœur des négociations. Une dynamique que les États-Unis revendiquent comme « pragmatique ».

L’Algérie, d’acteur en retrait à partenaire assumé

La participation active d’Algérie marque un tournant. Longtemps présentée comme « neutre », Alger – principal soutien du Polisario – apparaît désormais comme un interlocuteur clé. Après une rencontre entre Massad Boulos et le président Abdelmadjid Tebboune fin janvier, Washington salue « une aide précieuse ».

Pour le journaliste Ignacio Cembrero, « même si formellement l’interlocuteur du Maroc reste le Polisario, la marge de manœuvre sahraouie demeure étroitement liée aux positions algériennes ».

Un plan d’autonomie remanié

Sous pression américaine, Rabat a présenté une version étoffée de son projet d’autonomie : une quarantaine de pages élaborées au palais royal avec l’appui de conseillers de Mohammed VI. Parmi eux : Fouad Ali El Himma, Taïeb Fassi Fihri et Omar Azzimane.

Mais plusieurs points de friction subsistent. Le Polisario rejette notamment une disposition prévoyant l’investiture du chef du gouvernement sahraoui par le roi. Autre désaccord : le corps électoral du futur Parlement autonome. Les négociateurs sahraouis demandent un suffrage direct intégral et l’exclusion temporaire des Marocains installés après 1975.

La capacité du futur exécutif autonome à conclure des accords internationaux divise également. Une ligne rouge pour Rabat, qui redoute une influence accrue d’Alger sur un territoire stratégique ouvrant sur l’Atlantique.

Enjeux internes pour Rabat

Au-delà de la diplomatie, le dossier soulève des défis politiques internes. Une mise en œuvre du plan nécessiterait une réforme constitutionnelle et un référendum, susceptible de raviver les revendications démocratiques et autonomistes dans le royaume.

La question du retour des réfugiés sahraouis, notamment depuis Tindouf, reste elle aussi sensible. Rabat conditionne ces retours à des critères d’identification, là où le Polisario plaide pour un rapatriement élargi.

La France reléguée au second plan

Historiquement influente au Maghreb, la France brille par son absence dans ces discussions. « Paris a été complètement écartée », confie un diplomate européen. Si des juristes français ont été consultés en amont, notamment autour du modèle institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, Washington semble aujourd’hui monopoliser la médiation.

Une marginalisation qui interroge sur l’évolution des équilibres diplomatiques dans la région. À mesure que les États-Unis imposent leur cadence, l’hypothèse d’une « pax americana » au Sahara occidental prend forme, sans garantie toutefois d’un compromis final.

Malgré les divergences persistantes, des sources proches du dossier indiquent que le Polisario serait désormais disposé à discuter « du principe d’autonomie », à condition qu’elle soit « très large ». Reste à savoir si ce frémissement ouvrira la voie à une percée durable – ou à un nouvel épisode d’un conflit parmi les plus longs de la scène internationale.

Source : Agences

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