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Le Maroc au bord du gouffre : Un « Printemps arabe » version 2.0 ?

Si les Accords d'Abraham (2020) ont permis au Maroc d'obtenir des gains diplomatiques majeurs, ils ont créé un fossé avec une opinion publique qui perçoit ce troc comme un reniement de la solidarité arabe.

Longtemps considéré comme l’îlot de stabilité de l’Afrique du Nord, le Royaume chérifien vacille. Entre une jeunesse connectée en pleine révolte, une crise de confiance profonde et l’ombre grandissante de l’islamisme politique, le Maroc fait face à une onde de choc qui menace les fondements mêmes de la monarchie.

De la colère pour Gaza au soulèvement social

Ce qui n’était au départ que des manifestations pro-palestiniennes massives contre la normalisation avec Israël s’est transformé en un réquisitoire violent contre le pouvoir en place. La « Génération Z 212 », coordonnée via TikTok et Discord, a pris le relais. Initialement centrées sur des revendications sociales — des hôpitaux dignes et des salaires justes — les protestations dénoncent désormais le coût faramineux du Mondial 2030 face à la déliquescence des services publics.

Le prix amer de la Realpolitik

Le ressentiment populaire puise sa source dans un sentiment de trahison. Si les Accords d’Abraham (2020) ont permis au Maroc d’obtenir des gains diplomatiques majeurs — reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara occidental par les États-Unis, Israël et l’Espagne —, ils ont créé un fossé avec une opinion publique qui perçoit ce troc comme un reniement de la solidarité arabe.

« Le palais a troqué la cause palestinienne contre des faveurs géopolitiques, et le retour de bâton est aujourd’hui frontal. »

L’ombre des Frères musulmans et l’influence du Qatar

Dans ce climat délétère, deux acteurs attendent leur heure :

  1. L’Islamisme politique : Bien que le PJD (parti islamiste officiel) ait été affaibli dans les urnes, l’idéologie des Frères musulmans s’infiltre dans les mouvements de contestation, cherchant à transformer le mécontentement social en révolution théocratique.
  2. Le rôle de Doha : Le texte pointe du doigt le Qatar et son média Al-Jazeera, accusés d’attiser les flammes pour déstabiliser les monarchies pro-occidentales et affaiblir les alliances régionales avec Israël.

Un monarque absent et une légitimité qui s’effrite

L’image du Roi Mohammed VI, autrefois perçu comme un modernisateur, s’est ternie. Souvent absent du pays, il est jugé déconnecté des réalités quotidiennes par une jeunesse qui ne croit plus au « vieux monde ». Face à eux, des services de renseignement et une police dont la brutalité ne fait que renforcer la détermination des manifestants.

Un enjeu crucial pour l’Occident

La chute ou la déstabilisation majeure du Maroc aurait des conséquences sismiques :

Le Maroc ne brûle plus seulement de colère sociale, il est devenu le nouveau front d’une guerre pour la modération au Moyen-Orient. Si la couronne glisse, c’est tout l’équilibre de la Méditerranée qui risque de basculer.

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