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Un rapport publié mercredi par le Centre Arabe de Recherches et d’Études Politiques révèle que l’échec de l’Union du Maghreb Arabe et l’enlisement de la voie de l’intégration régionale ont poussé le Maroc à adopter une vision africaine plus large, axée sur l’expansion de son influence au Sahel africain et dans l’océan Atlantique, en signant des centaines d’accords avec des pays à travers le continent.
Le rapport note que l’impasse qui frappe l’Union du Maghreb Arabe depuis des années, en raison des différends enracinés entre le Maroc et l’Algérie sur la question du Sahara Occidental, a contraint Rabat à rechercher des espaces alternatifs de coopération et d’alliances en dehors du cadre maghrébin.
Il ajoute que, tandis que l’Algérie a choisi de regarder vers l’est au sein du Maghreb pour construire une alliance avec la Tunisie et la Libye, son influence déclinant dans le Sahel africain, le Maroc s’est tourné vers le sud, vers l’Afrique. Il tire parti de sa position géostratégique et de ses liens historiques avec les pays subsahariens pour renforcer sa présence sur le continent, capitalisant sur son statut de passerelle entre l’Europe et l’Afrique via la Méditerranée et l’Atlantique.
Dans ce contexte, le rapport souligne l’une des initiatives marocaines les plus marquantes : le lancement en novembre 2023 de « l’Initiative Atlantique ». Celle-ci vise à permettre aux pays sahéliens enclavés, tels que le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso, d’accéder à l’océan Atlantique via les infrastructures marocaines, notamment le port de Dakhla au Sahara marocain.
Le rapport explique que cette vision africaine s’inscrit également dans une stratégie plus large qui a pris forme après le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine en 2017. Elle repose sur quatre évolutions régionales, dont le déclin de l’influence française au Sahel et l’émergence de nouveaux partenaires tels que la Russie, la Chine et les États du Golfe.
Selon le rapport, entre 2000 et 2017, le Maroc a signé environ 949 accords avec des pays africains, couvrant les domaines économique, culturel et social, dans le cadre d’une stratégie africaine centrée sur le Sahel. Parmi ceux-ci figuraient des projets d’infrastructure, des formations militaires et sécuritaires, des bourses d’études, la formation d’imams et la promotion de la culture africaine.
Le rapport indique en outre que ces partenariats constituent un outil clé de la politique étrangère marocaine pour sécuriser des gains diplomatiques, d’autant que les projets atlantiques, y compris le port de Dakhla, s’inscrivent dans les efforts d’intégration des provinces du sud dans les réseaux commerciaux africains et internationaux, renforçant ainsi la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur celles-ci.
La même source indique qu’environ 20 pays africains avaient ouvert des consulats dans les villes de Laâyoune et Dakhla d’ici avril 2025, tandis que la reconnaissance de la prétendue « République sahraouie » a décliné, plusieurs nations africaines ayant retiré leur reconnaissance – le Ghana étant le plus récent.
Le rapport note que les projets du Maroc en Afrique sont également un facteur d’escalade des tensions avec l’Algérie, notamment dans le contexte de la concurrence dans les domaines de l’énergie et des infrastructures, comme le gazoduc Maroc-Nigéria, considéré comme une alternative au gazoduc Transsaharien passant par l’Algérie.
Il ajoute que la position du Maroc parmi les cinq premiers producteurs africains d’énergie renouvelable lui confère un levier supplémentaire dans la compétition régionale et renforce ses ambitions de leadership dans l’espace sahélien et atlantique.
Le rapport conclut que la vision africaine du Maroc n’est pas seulement une manœuvre économique, mais un repositionnement stratégique visant à combler une partie du vide laissé par le retrait des forces françaises et européennes et par le rôle déclinant de l’Algérie au Sahel.

