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L’escalade du dossier du Sahara complique la relation de l’Algérie avec la France…

Moulay a insisté sur le fait que l'institution militaire algérienne considère le dossier du Sahara comme une ligne rouge à ne pas franchir

Les relations algéro-françaises traversent une phase de tension sans précédent, au milieu de complications politiques et sécurités croissantes, dont la plus importante est le dossier du Sahara occidental, considéré par des observateurs comme « le nœud principal » empêchant tout retour à une normalisation entre les deux pays.

L’expert en sécurité, dissident du régime algérien, Karim Moulay, a révélé dans un entretien exclusif à « Arabe21 » que la référence du Président Abdelmadjid Tebboune dans la relation avec la France était le Président Emmanuel Macron en personne, et ce avant l’annonce par Paris de son soutien public à l’option de l’autonomie pour le Sahara occidental.

Il a expliqué que le Président Tebboune a chargé exclusivement le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, de gérer le dossier français, soulignant que Nacer Larbaoui, récemment relevé de ses fonctions de chef du gouvernement, n’y avait aucun rôle, tandis que des dossiers comme la Mémoire, les Archives et les Crânes sont exploités pour amplifier les différends secondaires et détourner l’attention du cœur de la crise.

Moulay a indiqué que la détérioration concrète des relations a commencé avec l’annonce du soutien de Macron à l’option de l’autonomie, puis s’est approfondie après des accusations françaises contre le directeur de la sécurité intérieure algérienne, Nacer Djennane, d’avoir tenté de cibler des influenceurs algériens en France, ce qui a déclenché une passe d’armes médiatique sans précédent entre les deux régimes.

Il a ajouté que la crise s’est aggravée avec le refus de la France d’accréditer un certain nombre de diplomates algériens, l’Algérie ayant répliqué de la même manière, parallèlement aux tentatives de Paris de revoir les accords historiques sur les visas qui ont accordé des avantages aux Algériens depuis 1968, 1973, 2007 et 2013.

Les relations se sont encore tendues après que la France a annoncé détenir une liste de 801 Algériens possédant des biens immobiliers et des propriétés en France, en présentant une première liste de 20 noms, incluant Boualem Boualem, directeur du cabinet présidentiel, Kamal Sidi Saïd, directeur de la communication à la présidence, ainsi que le président du Conseil de la Nation, Salah Goudjil, avec la menace de révéler d’autres noms ultérieurement.

Moulay a fait remarquer que les canaux de communication directs entre l’Algérie et Paris sont quasi inexistants, ce qui a poussé certains responsables algériens à se tourner vers des pays comme la Slovénie pour obtenir des visas Schengen, tandis que Tebboune s’est tourné vers l’Italie et la Chine pour conclure des accords économiques. Il considère que la situation entre les deux pays est susceptible de se compliquer davantage, surtout avec la détention par la France d’une carte supplémentaire de pression représentée par le dossier des migrants.

Moulay a indiqué que le Président Tebboune s’oriente vers l’annonce d’élections législatives et présidentielles anticipées, dans un contexte de ce qu’il a qualifié de « grandes erreurs » commises dans la gestion des relations extérieures, notamment avec la Russie et l’Inde, alors qu’il n’a réalisé des progrès tangibles qu’avec la Chine. Quant aux relations avec la Turquie, elles ne dépasseraient pas, selon lui, des projets économiques sans profondeur politique.

Il a affirmé que Tebboune a continué à gouverner de facto en consensus avec l’institution militaire qui contrôle les dossiers stratégiques, soulignant que la nomination de Saïf Grib au poste de « chef du gouvernement par intérim » manque de toute base constitutionnelle, ce qui reflète le caractère temporaire et transitoire de ses missions en attendant de nouveaux arrangements au niveau du pouvoir.

Moulay a insisté sur le fait que l’institution militaire algérienne considère le dossier du Sahara comme une ligne rouge à ne pas franchir, car il est directement lié à la stabilité du régime, estimant que toute concession sur ce dossier pourrait signifier la chute de l’ensemble du système dirigeant.

De son côté, le politicien et opposant Mohamed Arabi Zitout a estimé, dans un entretien exclusif à « Arabe21 », que des élections restent possibles mais ne constituent pas le facteur le plus important, soulignant que la situation actuelle ressemble à la période de la démission du Président Zeroual, où les crises internes se sont accumulées et les craintes d’une hémorragie et d’une fuite des citoyens ont émergé.

Zitout a indiqué que l’Algérie fait face à des conditions de vie très difficiles, bien qu’elle ne soit ni en siège ni en guerre, tout en affirmant que le pays est ouvert aux grandes puissances, à l’exception du différend avec la France.

Il a ajouté qu’il y a une pauvreté et un appauvrissement sans précédent, une pénurie évidente de produits de base, ainsi qu’une crise de soif aiguë et des infrastructures faibles, notamment les routes et la gestion des services publics. Il a également évoqué des incidents comme l’affaire des bus et la polémique qu’elle a soulevée, affirmant que la situation des conditions de vie est misérable, selon ses termes.

Concernant les divergences au sommet du pouvoir, Zitout a souligné qu’elles persistent et pourraient s’aggraver, avertissant de la possibilité qu’elles conduisent à des changements majeurs, y compris le renversement du chef d’état-major de l’armée, le général Saïd Chanegriha, ou l’apparition d’un différend public pouvant atteindre le Président Tebboune lui-même.

Il a ajouté que Chanegriha impose des restrictions strictes à toute communication directe du Président Abdelmadjid Tebboune avec les autres dirigeants militaires, ce qui accroît la complexité de la gestion du pouvoir dans le pays.

Ces développements interviennent dans le contexte d’un long parcours de tension entre l’Algérie et la France, incluant des dossiers sensibles liés à la mémoire coloniale, à la restitution des archives et des crânes, aux accords sur l’immigration, ainsi qu’à des questions sécuritaires et de renseignement ayant suscité une sensibilité mutuelle. L’opposition algérienne ainsi que les partis d’extrême droite en France ont exploité ces crises pour alimenter un discours politique basé sur l’escalade et l’échange d’accusations.

En définitive, il apparaît que la crise entre l’Algérie et la France n’est plus confinée à des différends conjoncturels ou diplomatiques passagers, mais qu’elle est désormais liée à des dossiers stratégiques majeurs, au premier rang desquels le dossier du Sahara occidental, qui constitue aujourd’hui l’obstacle principal à toute réconciliation possible. Cela place l’avenir des relations bilatérales face à une phase d’incertitude et de crise ouverte, tandis que les pressions internes sur le régime augmentent et pourraient conduire à des élections anticipées ou à des changements substantiels au sein du pouvoir.

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