Des emails récemment déclassifiés par le département de la Justice américain révèlent le rôle clé de Daniel Siad, un recruteur de mannequins français, dans l’approvisionnement constant de jeunes femmes auprès du financier pédophile Jeffrey Epstein, pendant plus d’une décennie.
Par Nabil Benabdou
Paris – Les « fichiers Epstein » continuent de livrer leurs secrets. La dernière vague de documents déclassifiés met en lumière les méthodes de Daniel Siad, un chasseur de têtes français de 69 ans, qui apparaît comme l’un des plus fidèles intermédiaires de Jeffrey Epstein. Leur correspondance, qui s’étale jusqu’à la mort du financier en 2019, détaille le travail méticuleux de repérage de très jeunes femmes à travers le monde.
Dans ses emails, Daniel Siad se compare à un pêcheur, parfois chanceux, parfois moins. Il décrit ses voyages de prospection dans les villages d’Europe de l’Est, les îles suédoises ou encore à Cuba. Il informe régulièrement Epstein de ses « prises », souvent désignées par leur seule nationalité : « J’avais 2 filles de Suède, une Slovaque, 2 Françaises… ». Il insiste sur leur jeunesse, signalant des filles de 16, 17 ans, et même une Française de 15 ans, dont les parents étaient consentants pour une carrière de mannequin. « Il y en a des millions là-bas », écrit-il.
Si l’industrie du mannequinat servait de façade, les emails montrent un Epstein très exigeant et impliqué. Il commente les photos envoyées, demande des mensurations, et n’hésite pas à critiquer l’apparence physique des candidates (« ses seins sont affreux »). Il organise des rendez-vous dans son appartement parisien pour des castings. Siad, qui travaillait également pour l’agent Jean-Luc Brunel (lui-même proche d’Epstein et mort en prison en 2022), recevait des paiements et des remboursements de frais de la part du financier.
De nouvelles accusations en France
Ces révélations documentaires coïncident avec des accusations pénales en France. Ebba Karlsson, une Suédoise aujourd’hui quinquagénaire, a déposé plainte pour viol et traite des êtres humains contre Daniel Siad à Paris. Elle affirme que ce dernier l’a repérée à Stockholm en 1990, alors âgée de 20 ans, avant de l’emmener en France et de la violer. Elle dit avoir passé 30 ans à le chercher, ne l’ayant identifié formellement qu’en voyant sa photo dans les fichiers Epstein. « Je suis soulagée que mon intuition ait été bonne », a-t-elle confié affirmant avoir toujours senti que son histoire dépassait son seul cas.
Une autre femme, identifiée comme Malika par Le Parisien, a déclaré à la police en 2022 que Siad l’avait abordée en 2013 pour lui proposer une carrière de mannequin avant de la présenter à Epstein, qui l’a engagée comme masseuse. Selon elle, Siad lui avait ensuite demandé de recruter d’autres filles.
Daniel Siad, par la voix de son avocate Me Ménya Arab-Tigrine, nie fermement ces accusations. Il affirme ne pas connaître Ebba Karlsson et que les faits présumés, vieux de 36 ans, sont prescrits. Interrogé par France TV, Siad a assuré n’avoir été qu’un chasseur de mannequins, victime d’un abus de confiance : « Je n’étais pas en mesure de savoir que cet homme était dangereux. (…) Je n’ai rien à me reprocher. »
À la suite de la publication de ces documents, le parquet de Paris a annoncé la mise en place d’une équipe de magistrats pour analyser les preuves impliquant plusieurs ressortissants français.
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