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Sahara occidental : Trump mettra-t-il fin à un conflit qui dure depuis 50 ans ?

La décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est intervenue parallèlement à l'adhésion de Rabat aux « Accords d'Abraham » pour normaliser ses relations diplomatiques avec Israël, aux côtés d'Abou Dhabi, Manama et Khartoum.

Ahmed Rouaba

À la fin de son premier mandat présidentiel, le président américain Donald Trump a publié un tweet qui a suscité de vives réactions diplomatiques sur une question « gelée » et un conflit arabe vieux de 50 ans.

Le 10 décembre 2020, Trump a annoncé la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental, disputé entre Rabat et le Front Polisario, lequel revendique et cherche à établir un État indépendant pour le peuple sahraoui.

Le tweet de Trump a fait basculer la position américaine de la neutralité vers un soutien à la proposition marocaine d’accorder aux Sahraouis une autonomie sous la souveraineté du Royaume du Maroc.

Après l’élection de Trump pour un second mandat, les discussions sur ses « deals » ont repris, alors qu’il renouvelait ses promesses de mettre fin aux guerres et aux conflits, en Ukraine et au Moyen-Orient, à sa manière.

Il est à noter que Trump perçoit les questions politiques et les conflits internationaux avec une logique d’homme d’affaires. C’est pourquoi son initiative pour résoudre le conflit israélo-palestinien a été surnommée « l’Accord du siècle ». Il parle d’ailleurs de la reconstruction de Gaza comme d’un projet de développement immobilier.

La décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est intervenue parallèlement à l’adhésion de Rabat aux « Accords d’Abraham » pour normaliser ses relations diplomatiques avec Israël, aux côtés d’Abou Dhabi, Manama et Khartoum.

Il a déclaré : « La proposition marocaine d’autonomie est sérieuse, crédible et réaliste, et constitue la seule base pour une solution juste, afin de réaliser la paix et la prospérité ».

La diplomatie marocaine a enregistré une victoire avec le soutien des États-Unis à la proposition d’autonomie qu’elle avance depuis 2007. Le changement de position de Washington a encouragé des pays européens, comme la France et l’Espagne, à pencher explicitement vers l’approche marocaine pour résoudre le conflit.

Paris et Madrid se livrent une course, via leurs entreprises, pour saisir les opportunités d’investissement lucratives offertes par Rabat dans les territoires sahariens sous son contrôle, en échange du soutien à ses revendications de souveraineté sur la région.

La position de la France et de l’Espagne a provoqué la colère de l’Algérie, qui reconnaît la « République sahraouie » et soutient le Front Polisario ainsi que la revendication d’autodétermination portée devant les Nations Unies pour résoudre le conflit avec le Maroc.

Le président américain n’aurait pas offert au Maroc une « reconnaissance » de cette ampleur sans attendre en retour un intérêt stratégique pour son pays.

En juillet 2022, Jared Kushner et son épouse Ivanka Trump ont publié des photos d’eux sur les plages de Dakhla, au Sahara occidental. Ils ont commenté les photos en indiquant qu’ils se trouvaient au Maroc, confirmant peut-être l’engagement du président américain envers sa décision.

Qu’est-ce que le Sahara occidental ?

Le Sahara occidental est un territoire situé dans la région du Maghreb, au nord-ouest de l’Afrique. Sa superficie terrestre est de 226 000 km² (la superficie du Maroc est de 446 550 km²). Il possède une façade maritime sur l’océan Atlantique, située à seulement environ 50 kilomètres des îles Canaries espagnoles.

Ses terres arides recèlent d’immenses richesses naturelles, notamment des phosphates (le Maroc est l’un des plus grands exportateurs de phosphates au monde), du fer, de l’uranium et de l’or, ainsi que potentiellement du pétrole et du gaz, sans oublier d’autres minéraux rares en cours d’exploration ou de prospection dans la région.

Le littoral du Sahara occidental s’étend sur 1 200 kilomètres le long de l’océan Atlantique (le littoral de l’Algérie mesure également 1 200 km). Ses eaux maritimes sont considérées comme parmi les plus riches au monde en ressources halieutiques.

Le territoire dispose également d’un potentiel de génération d’énergies renouvelables capable de couvrir les besoins de l’ensemble du Maghreb.

Quel est son statut juridique ?

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est inscrit par l’ONU depuis 1963 sur la liste des territoires « non autonomes ». Il demeure, de 1975 à aujourd’hui, un territoire disputé entre le Maroc et le Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (Polisario).

Depuis sa création en 1973, le Front Polisario réclame l’indépendance totale du Sahara occidental. De son côté, le Maroc, après avoir obtenu son indépendance de la France en 1956, a commencé à revendiquer sa souveraineté sur ce territoire occupé par l’Espagne depuis 1884.

Au début des années 70, les pressions internes et externes se sont multipliées sur l’Espagne concernant sa présence au Sahara occidental. Le gouvernement espagnol fut contraint de quitter le territoire et annonça en 1974 l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le « peuple sahraoui ».

L’Espagne traversait alors une transition difficile, et le gouvernement du général Francisco Franco, malade, n’était pas en mesure de faire face à l’insurrection des militants sahraouis sur le terrain, ni aux revendications de souveraineté du Maroc, puis de la Mauritanie, sur la région.

Cependant, l’annonce par l’Espagne d’un référendum d’autodétermination n’a pas plu au Maroc, qui a saisi la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye pour prouver ses « droits légitimes ». L’ONU a alors demandé un avis consultatif à la Cour concernant les revendications du Maroc et de la Mauritanie.

La Cour a conclu que les documents et informations fournis « n’établissaient aucun lien de souveraineté territoriale entre le Sahara occidental et le Royaume du Maroc ou la Mauritanie ». Elle a ajouté n’avoir trouvé « aucun lien juridique » de nature à entraver l’application du principe de référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui, conformément aux principes de l’ONU.

Après ce verdict, le roi du Maroc, Hassan II, a appelé à la « Marche verte », une manifestation populaire à laquelle ont participé 350 000 Marocains. Le 6 novembre 1975, ils se sont dirigés vers la frontière du Sahara occidental pour faire pression sur l’administration espagnole.

Dans son discours aux Marocains le 5 novembre 1975, Hassan II déclarait : « Demain, si Dieu le veut, vous franchirez la frontière. Demain, si Dieu le veut, la Marche sera lancée. Demain, si Dieu le veut, vous foulerez une terre qui est la vôtre, vous toucherez vos sables et vous embrasserez le sol de votre chère patrie. »

Des dizaines de milliers de personnes sont effectivement descendues dans les rues pour répondre à l’appel du Roi, encadrées par les forces armées, mais seul un petit nombre a été autorisé à franchir la frontière à titre symbolique.

Voici la suite de la traduction en français :

Les mouvements de population entre les différentes zones du Sahara occidental ont été interrompus depuis la construction du mur de sable dans les années 1980. Les visites familiales sont devenues quasiment impossibles. Des générations de Sahraouis ont grandi dans des camps de réfugiés ou en exil, ne connaissant de leur terre que des récits et des nouvelles lointaines.

Azza, 50 ans, travaille à Laâyoune au Sahara occidental. Pour rendre visite à son oncle, Cheikh El Mokhtar, malade dans les camps de Tindouf, elle n’a que deux options : soit voyager par avion vers l’Algérie via la France ou l’Espagne, puis parcourir 2 000 kilomètres jusqu’à Tindouf ; soit passer par la Mauritanie pour un voyage de 5 jours. Un périple qui dépasse ses forces.

Pourquoi l’Algérie soutient-elle le Front Polisario ?

Le récit marocain soutient que c’est l’Algérie qui a « créé » le Polisario dans le but d’établir un « micro-État » sous sa tutelle aux frontières du Maroc afin de l’affaiblir. Rabat explique la position de son voisin par la recherche d’un accès maritime à l’océan Atlantique, ce qui lui permettrait d’exploiter la mine de Gara Djebilet à Tindouf, l’une des plus grandes réserves de fer au monde.

De son côté, le récit algérien affirme que l’Algérie soutient le droit du « peuple sahraoui » à l’autodétermination, conformément aux résolutions de l’ONU, au même titre qu’elle soutient les mouvements de libération en Afrique et dans le monde. Elle soutient n’avoir jamais revendiqué de droits sur le territoire du Sahara occidental et accuse Rabat d’« ambitions expansionnistes » et de « menacer la sécurité de l’Algérie ».

Trump mettra-t-il fin à cette question ?

Le chercheur Haizam Amirah-Fernández, professeur à l’IE University de Madrid, estime que la reconnaissance par le président Donald Trump de la souveraineté du Maroc sur le territoire disputé du Sahara occidental « n’est pas conforme au droit international, mais pourrait pousser les deux parties au conflit à négocier et à parvenir à une solution finale ».

Hugh Lovatt, expert en relations étrangères au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), a déclaré à la BBC que « les États-Unis peuvent, grâce à leurs relations historiques avec le Maroc et au soutien massif de Trump, influencer Rabat et l’inciter à fournir des détails et des garanties concernant l’autonomie proposée ».

D’un autre côté, il estime que « le Front Polisario est également appelé à faire preuve d’un certain pragmatisme, car il n’a pas non plus détaillé sa réponse à la proposition marocaine de 2007, se concentrant plutôt sur la pression militaire pour contraindre Rabat à des concessions ».

Depuis la déclaration de Trump en décembre 2020, le Maroc a réalisé des avancées diplomatiques qui ont renforcé sa position. Cependant, le Front Polisario a également remporté une victoire juridique en octobre 2024 concernant sa plainte sur l’exploitation des ressources du Sahara occidental.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a en effet statué, dans sa décision finale, que « la Commission européenne a violé le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination en concluant des accords commerciaux avec le Maroc ». Cette décision place des pays comme la France et l’Espagne devant un dilemme juridique s’ils poursuivent leurs investissements au Sahara occidental.

Alice Wilson, professeure d’anthropologie à l’Université de Sussex, souligne pour la BBC que « les militants sahraouis sont présents dans de nombreux pays, notamment en Espagne et en Italie. Ils disposent de diverses stratégies pour faire entendre leur voix dans le monde, en documentant et en diffusant des informations sur les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés à travers des rapports et des documentaires ».

Toutefois, la proposition d’autonomie avancée par le Maroc et soutenue par Trump n’est pas totalement claire selon certains experts et observateurs. Ses contours ne sont pas définis, et personne ne connaît la nature exacte du gouvernement et des pouvoirs proposés aux Sahraouis, ni comment garantir l’engagement du Maroc à les respecter, selon Lovatt.

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