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Rabat – Dakar – En dehors des stades, la Coupe d’Afrique des nations 2025 s’est jouée sur le terrain virtuel, où l’émotion et la haine tendent à supplanter l’esprit sportif.
Selon une enquête publiée par Osiris.sn, à chaque CAN, les réseaux sociaux s’enflamment, transformant la compétition en un duel numérique entre internautes des différents pays. Mais de plus en plus, humour et esprit sportif cèdent la place à une hostilité excessive. Pour Mamadou Diagne, journaliste et expert en communication, cette situation est « inquiétante ».
M. Diagne alerte sur la montée de la violence verbale et virtuelle, « souvent construite loin des faits, mais qui s’impose comme réalité à force d’amplification numérique ». Selon lui, le football africain, autrefois espace de communion populaire, devient « un terrain de rivalités artificielles où l’émotion prime sur l’analyse ».
« La passion sportive happée par la logique du clash, où l’émotion prend le dessus sur l’analyse », souligne-t-il.
Les réseaux sociaux, amplificateurs de tensions
La CAN 2025 illustre cette dérive. Tout au long de la compétition, et même avant, les échanges en ligne ont été houleux. Sénégal et RDC se sont ainsi presque transformés en « ennemis virtuels », tandis que certains influenceurs, comme Herman Amisi, ont tenté de calmer les esprits.
La relation Sénégal-Maroc, jusque-là jugée exemplaire, s’est aussi détériorée. La défaite du Maroc en finale, amplifiée par les réseaux sociaux, a engendré des slogans racistes et anti-Sénégalais, et des ripostes similaires côté sénégalais. D’autres rivalités numériques concernent des pays de l’AES et de la CEDEAO, ou encore des tensions entre Algériens et Marocains. Si parfois cela reste dans le cadre de l’humour, ces interactions peuvent rapidement devenir violentes.
Wiliam Dossou, analyste en diplomatie sportive, précise : « Tant que ces rivalités restent encadrées, elles peuvent être cathartiques. Mais amplifiées par les réseaux sociaux, la désinformation ou le nationalisme, elles peuvent dépasser le cadre sportif et nourrir des ressentiments durables. »
Quand le virtuel impacte le réel
Selon M. Diagne, les réseaux sociaux sont le laboratoire de la « fitna moderne » : victoires et défaites deviennent instantanément virales, et ce qui compte n’est plus ce qui se passe sur le terrain mais ce qui fait réagir en ligne. Le débat est désormais dicté par l’algorithme, pas par le jeu.
Les médias jouent un rôle déterminant. Trop souvent, en quête de buzz et d’audience, certains relaient ces clashs sans contextualisation, et des médias internationaux peuvent amplifier la polémique, renforçant des narratifs réducteurs au détriment de la qualité du jeu et des performances sportives.
Conséquences tragiques de certaines polémiques
La finale Maroc-Sénégal a été particulièrement révélatrice. Dès le lendemain, la mort du Sénégalais Cheikh Charles Diouf a suscité une vive émotion. Les premières informations laissent penser qu’il aurait été agressé, mais la police marocaine a rapidement écarté cette hypothèse, ce qui a suscité de nombreuses interrogations.
Des actes de violence ont également été enregistrés au Sénégal, notamment à l’Université Cheikh Anta Diop, où des étudiants sénégalais ont tenté d’attaquer des étudiants marocains. L’Amicale des étudiants a dû publier un communiqué pour clarifier la situation et dénoncer ces violences.
Appel à la responsabilité
Mamadou Diagne insiste sur la responsabilité collective pour juguler ce fléau. Les internautes sont appelés au discernement, les influenceurs à mesurer leur pouvoir d’amplification, et les médias à contextualiser et déconstruire les contenus viraux.
« Informer aujourd’hui, c’est aussi résister à la facilité du buzz pour restaurer la confiance, la nuance et l’intelligence collective. À défaut, la fitna gagne du terrain, l’algorithme remplace l’analyse, et la passion sportive se transforme en conflit permanent. »
En conclusion, la CAN 2025 a mis en lumière un danger croissant : la transformation du football africain en théâtre de conflits numériques, où rivalités et émotions peuvent rapidement déboucher sur des conséquences réelles et tragiques. La vigilance, le discernement et la responsabilité collective sont désormais essentiels pour préserver l’esprit sportif.
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