Les séquences arbitrales controversées lors de la finale disputée à Rabat ont été l’élément déclencheur qui a fait déborder le vase pour les médias algériens, lesquels en ont fait l’axe central de leur couverture et de leurs analyses, les présentant comme une preuve décisive de la validité de leur récit antérieur sur le déroulement de la compétition africaine.
La défaite de la sélection marocaine face à son homologue sénégalaise en finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, n’a pas été traitée comme un simple événement sportif par les médias algériens. Elle s’est rapidement transformée en matière d’analyse politico-sportive intense, reflétant la persistance des tensions entre les deux pays, y compris dans le contexte sportif.
Alors que l’on s’attendait à ce que l’attention se porte sur les aspects techniques de la finale ou sur la performance de l’équipe sénégalaise sacrée championne, une large partie des médias algériens a choisi de lire le résultat sous l’angle de la « justice tardive » et de la « justice divine », dans un discours révélateur de l’ampleur des tensions qui marquent les relations sportives et médiatiques entre les deux pays.
Dès que l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala a sifflé la fin du match, proclamant le Sénégal champion d’Afrique aux dépens du Maroc pays hôte, les médias algériens — y compris les médias publics — ont proposé une lecture du résultat dépassant le cadre sportif. Ils ont considéré ce qui s’était produit comme l’incarnation de ce qu’ils ont qualifié de « justice divine », après un tournoi qu’ils estimaient entaché de déséquilibres en faveur de l’équipe organisatrice.
Les décisions arbitrales controversées de la finale de Rabat ont ainsi constitué le point de rupture pour les médias algériens, qui en ont fait le cœur de leur couverture et de leurs analyses, les présentant comme une preuve concluante de la justesse de leur récit précédent sur le parcours du tournoi. Le penalty manqué a été considéré comme un moment symbolique mettant fin, selon eux, à la « dramaturgie arbitrale » ayant accompagné le parcours des Lions de l’Atlas.
« La justice divine »
L’expression « justice divine » s’est imposée comme l’un des titres les plus utilisés par des médias algériens de premier plan, tels que les quotidiens El Khabar et Echorouk, pour décrire la défaite du Maroc en finale. L’usage de ce concept n’était ni anodin ni fortuit : il était chargé de significations dépassant le cadre sportif, la défaite étant présentée comme une « rectification du cours d’un tournoi entaché de dérives arbitrales ».
Selon ce discours, l’équipe marocaine, en tant que sélection du pays hôte, aurait bénéficié — d’après la version des médias algériens — de décisions arbitrales « généreuses » tout au long de la compétition. Le sacre du Sénégal dans les derniers instants n’aurait été, dès lors, qu’un acte de justice rendu au football africain après de « tentatives flagrantes de baliser la voie au pays organisateur ».
La télévision publique
Le ton de la télévision publique algérienne n’a pas été moins virulent. Le présentateur du journal télévisé principal, lors de l’annonce du sacre du Sénégal, a affirmé que les Lions de la Téranga méritaient le titre « malgré un arbitrage partial ayant marqué cette édition et la finale ».
La présentatrice a déclaré que de nombreux Algériens étaient sortis célébrer la défaite du « Makhzen », un terme péjoratif utilisé pour désigner le régime marocain, en référence au réseau d’influence entourant l’institution monarchique dans le pays.
Elle a estimé que le « Makhzen », selon ses propos, « avait gâché l’événement et privé son peuple de la joie du sacre à cause de ses joueurs, de sa malice et de l’imposition de manœuvres arbitrales frauduleuses».
Elle l’a également accusé d’avoir « provoqué des divisions entre les sélections du continent dans un précédent inédit que nous n’avons jamais vu auparavant et que nous ne reverrons plus », selon ses termes.
Des militants sur les réseaux sociaux ont relayé des vidéos montrant des Algériens descendus dans la rue pour célébrer la défaite du Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
La finale
Dans l’analyse du match final, les médias algériens ne se sont pas concentrés sur les détails tactiques ni sur les écarts techniques entre les deux équipes. L’attention s’est plutôt portée sur ce qui a été qualifié « d’échec des coulisses ».
L’arrêt du penalty marocain par le gardien sénégalais Édouard Mendy dans un moment décisif a constitué l’apogée de ce discours. La scène a été célébrée comme « la conclusion naturelle d’un long drame arbitral », et considérée comme la preuve que « le football ne se dirige pas à coups de sifflet ».
Le temps additionnel de la seconde mi-temps du match Maroc–Sénégal, en finale de la CAN 2025 dimanche soir, a été marqué par des décisions arbitrales controversées ayant provoqué un arrêt du match d’environ 15 minutes, ainsi que le retrait temporaire de l’équipe sénégalaise avant son retour sur le terrain.
La première situation concernait un but sénégalais annulé par l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala pour une faute de poussée sur le défenseur marocain Achraf Hakimi juste avant le but, décision vivement contestée par les Sénégalais mais confirmée par l’assistance vidéo (VAR).
La seconde situation était un penalty accordé au Maroc après que le défenseur sénégalais a saisi Brahim Díaz par le cou et l’a fait chuter lors de l’exécution d’un corner marocain.
L’arbitre n’a pas sifflé immédiatement la faute, mais a eu recours à la VAR après les protestations de Díaz et de ses coéquipiers, avant de décider d’accorder le penalty au milieu d’une tempête de contestations sénégalaises ayant duré plusieurs minutes, suivie du retrait de toute l’équipe vers les vestiaires, puis de la reprise du jeu.
À l’inverse, certaines analyses ont estimé que la finale constituait le premier test « réel » du Maroc face à un arbitrage « impartial », selon leurs termes, révélant une « incapacité » à remporter le titre sans soutien extérieur.
L’élimination de l’Algérie
La défaite du Maroc n’a pas été analysée indépendamment du parcours de la sélection algérienne dans la compétition. Plusieurs analyses algériennes ont établi un lien entre la finale de Rabat et l’élimination des « Verts » en quart de finale face au Nigeria, dans un récit affirmant que l’Algérie avait été écartée par une « conspiration arbitrale » visant à dégager la voie à un scénario précis du tournoi.
Dans cette logique, la défaite du Maroc s’est transformée en « réparation morale » et en victoire indirecte pour la version algérienne des coulisses de la Confédération africaine de football (CAF), même si le titre est revenu à une équipe étrangère au conflit bilatéral.
L’esprit sportif
En contrepoint de ce discours virulent dominant une partie de la couverture médiatique, des voix algériennes, médiatiques et populaires, se sont distinguées par un ton plus modéré, rejetant la transformation de la défaite du Maroc en matière de jubilation malveillante ou de politisation.
Plusieurs journalistes et commentateurs sportifs ont souligné que le football, par nature, ne reconnaît pas la vengeance symbolique, et que la victoire du Sénégal était le fruit de données techniques sur le terrain, et non d’un règlement de comptes régional.
Sur les réseaux sociaux, des supporters algériens ont exprimé des positions plus proches de l’esprit sportif : certains ont félicité le Sénégal pour son sacre, tandis que d’autres ont reconnu la performance du Maroc durant le tournoi, estimant que la défaite, aussi douloureuse soit-elle, fait partie de la logique de la compétition.
Des Algériens nettoient les tribunes après les matchs
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux durant les jours du tournoi ont également montré des supporters algériens nettoyant les tribunes des stades ayant accueilli les matchs de leur sélection. Cela reflète une conscience de l’importance du comportement civique dans les espaces sportifs et une volonté de donner une image positive du supporter algérien, loin des logiques de tension et des tiraillements politiques qui ont marqué une partie du discours médiatique accompagnant la compétition.
La rivalité sportive
Commentant le sujet, le journaliste sportif Mohamed Ali Al-Arfaoui, qui a suivi les événements du tournoi, a estimé que les manifestations de joie observées, que ce soit dans les rues algériennes, sur les réseaux sociaux ou même dans les médias publics, ne peuvent être dissociées de la nature de la rivalité sportive entre les sélections d’Afrique du Nord.
Dans une déclaration à Euronews, il a expliqué que « cette rivalité réunit de grandes sélections dotées d’une histoire et d’un large public dans le football africain, et la comparaison entre elles est permanente », ajoutant que « dans le cadre d’une compétition continentale, certaines plateformes médiatiques peuvent considérer les succès du voisin comme un défi et chercher à les minimiser ».
Il a jugé naturel que certains médias algériens amplifient « l’échec » du Maroc en finale de la CAN afin d’affirmer une supériorité morale auprès de leur public, soulignant que l’organisation de la CAN par le Maroc accentue la sensibilité, le pays hôte étant placé sous une surveillance accrue dans tous les détails liés à l’organisation.
Al-Arfaoui a insisté sur le fait que ces grandes compétitions ne se jouent pas uniquement sur le terrain, mais se transforment en récits, et que l’équipe hôte est attendue au tournant. À la moindre erreur, elle devient une cible privilégiée de critiques et de moqueries médiatiques.
Il a conclu qu’une partie du journalisme sportif actuel recherche avant tout « l’interaction rapide » et les titres accrocheurs pour une diffusion virale, à travers des manchettes provocatrices visant l’audience, ce qui explique l’exagération et l’amplification de certains détails, comme les erreurs arbitrales controversées.
Le traitement médiatique algérien de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 révèle ainsi que le football dans la région maghrébine n’est plus seulement un jeu, mais est devenu un espace de réactivation des tensions politiques par des outils sportifs.
#CAN2025 #Maroc #FinaleMarocSénégal #Algérie #arbitrage
Soyez le premier à commenter