L’Algérie se méfie de la participation du Maroc à la création du « Conseil de la Paix »

L’élargissement du mandat du Conseil pourrait ouvrir la voie à l’examen du dossier du Sahara Occidental, conflit dans lequel l’Algérie est considérée comme un acteur central

L’Algérie observe avec une grande prudence la création du « Conseil de Paix » une nouvelle initiative internationale dont la charte fondatrice a été signée à Davos, en Suisse, avec la participation notable du Maroc, parmi les premiers pays signataires. Cette implication marocaine place Rabat au rang des membres fondateurs du Conseil, un positionnement diplomatique qui suscite une attention particulière du côté algérien.

La signature marocaine s’est faite en présence du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, représentant le roi Mohammed VI, après que ce dernier eut reçu une invitation officielle du président américain Donald Trump. À l’inverse, l’Algérie n’a reçu aucune invitation pour prendre part à la fondation de cette instance, ce qui a contribué à installer un climat d’attente et de réserve au sein des autorités algériennes.

Cette posture se traduit par l’absence, jusqu’à présent, de toute réaction officielle ou déclaration politique claire d’Alger concernant le Conseil de la paix, malgré les positions répétées de l’Algérie se présentant comme un acteur majeur sur les questions liées à Gaza et à la cause palestinienne. Le même constat vaut pour les médias algériens proches du pouvoir, qui se limitent à une couverture factuelle et prudente de l’initiative américaine, sans analyse approfondie ni critique, un comportement jugé inhabituel lorsqu’il s’agit de dossiers impliquant le Maroc.

Selon plusieurs observateurs, cette retenue refléterait une inquiétude réelle quant aux missions futures du Conseil de la paix. Si celui-ci a initialement été présenté comme un mécanisme dédié à la situation à Gaza, la Maison-Blanche a rapidement précisé que son champ d’action s’étendrait à d’autres conflits internationaux et régionaux. Cette extension potentielle des prérogatives du Conseil constitue une source de préoccupation majeure pour l’Algérie.

En effet, l’élargissement du mandat du Conseil pourrait ouvrir la voie à l’examen du dossier du Sahara Occidental, conflit dans lequel l’Algérie est considérée comme un acteur central, malgré sa position officielle se définissant comme une partie non concernée. Dans ce contexte, la présence du Maroc parmi les membres fondateurs du Conseil est perçue comme un avantage diplomatique et politique significatif pour Rabat, lui permettant d’influencer dès l’origine les orientations et les méthodes de travail de cette nouvelle instance.

Des analystes estiment que cette configuration pourrait devenir particulièrement défavorable à l’Algérie si la question du Sahara Occidental venait à être abordée par le Conseil de la paix. Le Maroc disposerait alors d’une tribune pour promouvoir sa solution fondée sur l’initiative d’autonomie, tandis que l’Algérie resterait absente des mécanismes décisionnels et des circuits d’influence de cette structure.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte international en évolution sur le dossier du Sahara, marqué par l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte appelle explicitement les parties concernées à s’engager dans des négociations sérieuses sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie, considérée comme une option réaliste et pragmatique pour parvenir à un règlement politique durable.

Parallèlement, le Maroc travaille à l’actualisation et à la clarification de cette initiative afin de la présenter de manière plus détaillée à ses partenaires internationaux dans les mois à venir, renforçant ainsi sa position dans les futurs cadres de négociation, qu’ils soient onusiens ou portés par des mécanismes internationaux alternatifs comme le Conseil de la paix.

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