Le ministre français de l’Intérieur se rendra prochainement en Algérie en réponse à une invitation officielle, parallèlement à des contacts pour organiser une rencontre entre Macron et Tebboune lors du sommet du G20.
ALGER – L’invitation officielle adressée par l’Algérie au ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, pour visiter le pays témoigne d’une certaine flexibilité. Celle-ci est motivée par une volonté d’apaisement dans le cadre de ses efforts pour atténuer un isolement qui menace ses intérêts. Des sources informées ont révélé l’existence de contacts pour organiser une rencontre entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, lors du sommet du G20 accueilli par l’Afrique du Sud ce mois-ci. Cela indique des efforts sérieux pour traiter les racines d’une crise diplomatique aiguë qui a placé les deux pays au bord de la rupture.
Selon les mêmes sources, un ancien responsable algérien résidant en France gère des efforts informels pour rapprocher les points de vue entre les deux pays, en s’appuyant sur son vaste réseau de relations avec les cercles de décision.
L’invitation adressée par l’Algérie au ministre français de l’Intérieur est perçue comme une démarche pragmatique visant à ouvrir la porte au dialogue avec Paris afin de normaliser les relations, plutôt que de s’enfoncer vers une rupture totale ou une escalade continue qui ne servirait les intérêts d’aucune des deux parties.
Ce développement indique que les intérêts supérieurs de l’Algérie (économie, sécurité, immigration) exigent l’adoption d’une approche plus flexible et l’acceptation du dialogue, même avec une partie avec laquelle il existe des différends profonds, suivant le principe que l’option « zéro » (rupture totale) est très coûteuse.
L’Algérie, qui cherche à regagner son influence déclinante, a besoin de relations stables et fortes avec les grandes puissances internationales pour affirmer sa position et éviter de glisser vers un isolement diplomatique sur la scène méditerranéenne et européenne.
Le revirement français et la critique de la politique de la « manière forte »
Le ministre français de l’Intérieur a critiqué, dans une déclaration au journal Le Parisien au début de cette semaine, ce qu’il a appelé la « politique de bras de fer » avec l’Algérie, affirmant qu’elle « ne mène à rien ». Il a ajouté que « ceux qui convainquent les Français que la confrontation et les méthodes brutales sont la seule solution et l’unique issue avec l’Algérie se trompent ». Laurent Nuñez a également exprimé ses regrets face au vote du Parlement sur un projet de loi appelant à l’abrogation de l’accord migratoire conclu entre les deux pays en 1968.
Cet accord confère aux Algériens un statut exceptionnel et des avantages particuliers par rapport aux ressortissants d’autres pays hors Union européenne. Son abrogation est une exigence majeure de la droite et de l’extrême droite en France. Paris s’est longtemps plainte de l’absence de coopération suffisante de la part de l’Algérie pour accueillir ses ressortissants expulsés, en particulier ceux condamnés pour des crimes ou soupçonnés de radicalisation.
Le ton d’apaisement dans le discours français reflète un revirement notable par rapport aux positions de l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui poussait à intensifier les pressions sur l’Algérie. Certains milieux et organisations l’avaient tenu pour responsable de l’exacerbation des tensions entre les deux pays.
Dossiers épineux et pression interne
La tension entre les deux pays s’est intensifiée sur fond de plusieurs dossiers, notamment l’affaire de l’écrivain français d’origine algérienne Boualem Sansal, suivie d’incidents tels que l’arrestation d’un employé consulaire algérien en France soupçonné d’implication dans l’enlèvement d’un opposant, et l’épisode d’expulsions croisées de diplomates.
Nuñez a souligné la nécessité de reprendre le dialogue avec les Algériens sur les questions de sécurité, ouvrant ainsi la voie à la restauration des canaux de communication officiels rompus depuis l’aggravation de la crise.
Les relations entre les deux pays traversent actuellement une phase charnière, où l’approche passe de l’escalade menée par la droite française à l’apaisement et à la reprise du dialogue. Les cercles français considèrent que l’Algérie, par son poids sécuritaire et diplomatique, est un partenaire incontournable pour la stabilité de la région du Sahel et de la Méditerranée, la lutte contre le terrorisme, et même pour les questions énergétiques, ce qui pousse la France vers une approche plus réaliste et pragmatique.
Mémoire et réciprocité : les conditions du règlement
Au cours des dernières années, les relations bilatérales ont fluctué au gré de dossiers complexes, principalement celui de la mémoire liée à la période coloniale. L’Algérie exige une reconnaissance et des excuses complètes pour les crimes coloniaux, la restitution totale des archives et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires, tandis que la France se contente de gestes symboliques par crainte de conséquences juridiques.
De même, les autorités algériennes refusent toute protection française accordée à des figures de l’opposition ou à des associations qu’elles considèrent comme « terroristes », telles que le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), et exigent une parité totale dans le traitement diplomatique.
Les analystes estiment que toute concession française pourrait être accueillie par une attaque de l’opposition de droite et d’extrême droite, limitant ainsi la marge de manœuvre du président Macron et de ses ministres. Il est attendu que l’Algérie refuse tout compromis qui ne serait pas fondé sur des intérêts mutuels plutôt que sur des concessions unilatérales.
Le succès de ces efforts d’apaisement dépend de la capacité de Paris à trouver un équilibre entre les pressions politiques internes et le besoin pratique de coopération, ainsi que de la réponse de l’Algérie à l’appel de reconstruire la confiance sur des bases claires.
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