Le fils du chef séparatiste revient de France quelques jours après l’annonce de «mesures d’apaisement»
En l’espace d’un mois, le gouvernement algérien a porté un second coup symbolique à l’organisation séparatiste « Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie » (MAK) : le retour autorisé d’Agour Mehenni, fils du chef du mouvement Ferhat Mehenni. Ce retour coïncide avec les mesures du 11 janvier 2026 visant à apaiser les relations avec l’opposition, et s’est accompagné d’une rencontre médiatique avec la presse locale.
Cette démarche vise à saper la crédibilité du projet d’« État kabyle indépendant » annoncé par Ferhat Mehenni le 14 décembre 2025 à Paris.
Agour Mehenni, fils aîné du leader du mouvement communément appelé MAK, avait suscité une vaste polémique le mois dernier en annonçant à la télévision algérienne s’éloigner du projet politique de son père. Quelques semaines après ses déclarations, il est rentré en Algérie en provenance de France.
Agour, un quadragénaire portant un nom amazigh symbolisant le calme et la sérénité, a affirmé dans des interviews publiées mardi que sa présence en Algérie après une période d’absence « reflète une vraie nostalgie personnelle, l’Algérie est un pays auquel je pense énormément ».
En une semaine en Algérie, Agour, qui commence à grisonner, a visité certains quartiers de la capitale, son village natal en Kabylie à l’est d’Alger, ainsi que la ville côtière de Tipaza à l’ouest de la capitale.
Il a décrit sa visite comme « purement personnelle, motivée par un seul sentiment : le besoin impérieux de revoir la patrie ».
« Mesures du 11 janvier »
Les « mesures du 11 janvier » font référence à une initiative présidentielle annoncée ce jour de l’année en cours, visant à régulariser la situation des opposants politiques et des migrants algériens à l’étranger. Elle leur offre une protection juridique et sociale, et leur permet de rentrer au pays sans poursuites, sauf implication dans des crimes graves, afin de tourner la page des différends et de les reconnecter à leur pays.
Cette initiative a reçu le soutien de certains partis algériens et a été vue par des acteurs étrangers comme une opportunité de régler des dossiers ; ce que certains ont considéré comme un « coup » porté aux mouvements séparatistes.
Concernant Agour Mehenni, il a quitté l’Algérie pour la France à l’âge de neuf ans. Il passait ses vacances d’été en Kabylie jusqu’à ses seize ans, avant que ses séjours dans le pays ne deviennent intermittents. Sa dernière visite remonte à 2018, selon ses déclarations.
En France, Agour a grandi dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Il a eu tout le temps d’entendre « les préjugés et les stéréotypes » sur son pays, et a rencontré des membres de la communauté algérienne sur place, affirmant : « Dans la communauté algérienne, on ne parle jamais de division, d’Arabes ou de Kabyles ou autre. Tu es simplement algérien. Et quand l’équipe nationale (de football) joue, tout le monde la soutient. »
Agour a indiqué que cette atmosphère de solidarité entre Algériens a contribué à forger sa personnalité, et que c’est au sein de cette communauté qu’il a rencontré sa femme et la mère de ses enfants, une Algérienne non originaire de Kabylie.
Il a ajouté que le sacrifice de ses aïeux pendant la période coloniale, notamment l’extermination par l’armée coloniale des frères de son grand-père pendant la guerre de libération nationale, « a renforcé mon sentiment patriotique », affirmant que l’appartenance à la patrie est une chose « qui laisse une empreinte profonde dans le sang, et non dans la politique, et qui le restera toute la vie ».
La famille se désolidarise de « l’État kabyle »
Début 2026, Agour a décidé de rendre à nouveau visite à sa patrie. Il est entré en Algérie comme n’importe quel citoyen, en présentant son passeport. Il a commenté : « À mon arrivée, tout m’a émerveillé : la gentillesse des gens, le niveau des infrastructures, la qualité de vie, la sécurité. »
Il a ajouté : « Maintenant que je suis venu, je n’hésiterai pas à revenir dès que l’occasion se présentera. C’est un manque que j’ai ressenti pendant de longues années, et aujourd’hui je veux rattraper tout ce retard. » Il a appelé les membres de la communauté algérienne à faire de même, déclarant : « Nous avons un pays très beau, il y a beaucoup de choses à faire et à voir ici, il ne faut absolument pas hésiter. »
Fin de l’année dernière, Agour avait annoncé sur la chaîne publique algérienne le désaveu clair de sa famille vis-à-vis de l’initiative d’« État kabyle indépendant » lancée par son père Ferhat Mehenni en France, avec des dizaines de membres du MAK.
Des observateurs ont estimé que cette déclaration médiatique constituait une étape importante reflétant un changement dans la gestion du conflit politique et médiatique contre le MAK, mouvement classé « groupe terroriste » dont les membres font face à des accusations de terrorisme.
En parlant, Agour a choisi de mettre une distance claire entre lui et les orientations séparatistes de son père, exprimant son souhait de « retrouver l’honneur de la famille » qu’il estime avoir été endommagé par les positions de son père. D’une voix émue, il a expliqué ses motivations pour briser le silence, disant avoir porté pendant des années « les conséquences de décisions politiques dans lesquelles il n’était ni partie prenante, ni croyant ».
Ferhat avait déclaré dans une interview diffusée début du mois sur la chaîne de propagande du MAK sur YouTube, qu’il « aimait son fils », affirmant que leur relation familiale n’était pas affectée par leurs différends politiques.
Il avait ajouté qu’il n’avait jamais tenté d’imposer ses positions politiques à ses enfants, et n’avait jamais mêlé sa vie politique à ses choix de vie personnelle ou à ceux de ses enfants, comme le mariage ou le travail.
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