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Algérie : lourdes peines dans l’affaire d’espionnage d’une société française

L’entreprise concernée est Amarante International, acteur européen du secteur de la sûreté et de la protection des organisations, spécialisé dans l’accompagnement de clients en environnements sensibles.

L’Algérie prononce de lourdes peines dans une affaire de « espionnage » visant des responsables d’une société française alors que Paris guette une visite décisive de son ministre de l’Intérieur

Les relations entre l’Algérie et la France ont connu cette semaine un nouveau regain de tension après la condamnation par la justice algérienne de responsables du bureau local d’une entreprise de sécurité française, dans une affaire qualifiée de « hautement sensible » pour la sûreté de l’État. Cet épisode intervient sur fond de crispations persistantes entre les deux pays depuis près de vingt mois.

La Cour criminelle de Dar El Beïda, à Alger, a rendu son verdict dans ce qui est désormais désigné comme « l’affaire de la société de sécurité française opérant en Algérie ». Deux cadres algériens ont été condamnés à 20 ans de prison ferme chacun pour « espionnage », « intelligence avec des parties étrangères » et « divulgation de données à caractère stratégique portant atteinte aux intérêts du pays ». Une troisième prévenue a écopé d’un an de prison ferme pour « non-dénonciation », alors qu’elle comparaissait libre.

L’entreprise concernée est Amarante International, acteur européen du secteur de la sûreté et de la protection des organisations, spécialisé dans l’accompagnement de clients en environnements sensibles. Selon la presse locale, qui a relaté les audiences, le dossier porterait sur la « transmission d’informations stratégiques à des entités étrangères susceptibles de causer un préjudice grave à l’économie nationale ».

Soupçons d’activités hors cadre

D’après l’acte d’accusation, la structure officielle du bureau algérien – dédiée à la sécurité privée, à la protection d’entreprises et au transport de fonds – aurait servi de « couverture à un système organisé de collecte et de transfert d’informations sensibles ». Les poursuites évoquent également « l’exercice d’activités commerciales en dehors du registre déclaré » et des « infractions à des décisions administratives ».

Les éléments versés au dossier indiquent que la société avait été enregistrée en 2009 auprès du Centre national du registre du commerce comme cabinet d’études et de conseil en investissement. Les enquêteurs estiment toutefois que l’entreprise aurait modifié à plusieurs reprises, « de manière irrégulière », la nature de ses activités, jusqu’à fonctionner, selon l’accusation, comme une plateforme d’élaboration de rapports détaillés sur les situations sécuritaires et économiques.

Les investigations font état de la production de « cartographies sécuritaires classant des régions selon des niveaux de risque » et de l’envoi à l’étranger de documents comprenant « des données relatives à des opérations de police dans plusieurs wilayas ». Des pratiques interprétées par l’accusation comme susceptibles « d’influencer négativement les décisions d’investisseurs étrangers et de nuire à l’attractivité économique de l’Algérie ». Le dossier mentionne aussi l’usage d’« équipements de communication non autorisés » dans des zones sensibles, notamment aux aéroports d’Alger et d’Oran.

Une visite sous haute attention

En parallèle du volet judiciaire, Paris attend la possible venue du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, en Algérie « au début de la semaine prochaine », selon des informations publiées par Le Figaro. Le quotidien précise que le déplacement, plusieurs fois reporté, reste « en attente de confirmation officielle ».

Cette visite est perçue, côté français, comme une tentative de relance du dialogue bilatéral, en particulier sur les questions migratoires. Elle pourrait également inclure des discussions sur la situation du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », un dossier qui suscite des appels en France en faveur d’une grâce présidentielle.

À la croisée des chemins

Pour de nombreux observateurs, la concomitance de ces condamnations et des initiatives diplomatiques place les relations algéro-françaises à un moment charnière : soit une désescalade progressive via la reprise des échanges politiques, soit l’enracinement d’un gel durable. Dans l’attente d’une confirmation de la visite ministérielle, les regards restent tournés vers la capacité des deux capitales à contenir les répercussions d’une affaire appelée à marquer la séquence actuelle.

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