Alors que le Maroc mise sur l’hydrogène vert pour devenir un hub énergétique majeur, l’affectation de terres dans les territoires du Sahara Occidental soulève une vive controverse juridique et politique.
Rabat – Le Maroc accélère sa transition énergétique. Dans le cadre de son initiative « Offre Maroc » lancée en 2024, le royaume chérifien a considérablement augmenté la superficie des terres destinées à accueillir des projets d’hydrogène vert, passant à près de 2,5 millions d’acres (environ un million d’hectares). Une première tranche de 740 000 acres a déjà été divisée en lots pour être proposée aux investisseurs. L’objectif affiché est clair : attirer des milliards de dollars d’investissements privés et s’imposer comme un leader mondial de cette énergie du futur, en capitalisant sur ses abondantes ressources solaires et éoliennes et sa proximité avec le marché européen.
Cette stratégie a récemment franchi une étape clé. En février 2026, des accords de réservation foncière ont été officialisés avec plusieurs développeurs de renom, présélectionnés en mars 2025. Parmi eux figurent des consortiums internationaux comme ORNX (regroupant des partenaires américains, espagnols et allemands) et TAQA-Moeve, le géant saoudien ACWA Power, ainsi que l’énergéticien national Nareva. Ces acteurs prévoient d’investir dans une gamme variée de productions, allant de l’hydrogène et de l’ammoniac verts aux e-carburants, en passant par l’acier vert.
Cependant, derrière ces annonces triomphales, un obstacle de taille se profile. Selon des informations concordantes, une partie significative des terrains alloués à ces projets pharaoniques se trouverait au Sahara Occidental, un territoire non autonome selon l’ONU. Cette situation, qui n’est pas nouvelle, place Rabat au cœur d’une tempête juridique et politique.
Des experts en droit international et des organisations de défense des droits humains montent au créneau. Ils rappellent qu’en tant que puissance administrante, le Maroc n’a pas la légitimité, selon le droit international, pour accorder des concessions à long terme sur les ressources naturelles du territoire sans le consentement exprès du peuple sahraoui. « Une puissance occupante ne peut légalement céder l’usage industriel de terres ou de ressources en l’absence d’approbation de la population locale », résume un analyste.
Les projecteurs se tournent désormais vers deux des accords récemment signés : ceux conclus avec les consortiums TAQA-Moeve et ORNX. Selon plusieurs rapports, les parcelles qui leur ont été attribuées seraient situées dans cette zone contestée.
Cette polémique jette une ombre sur l’ambitieuse feuille de route énergétique du Maroc. Alors que 2026 devait être l’année de la concrétisation, le royaume se retrouve confronté à un défi majeur, susceptible de freiner, voire de compromettre, l’avancée de ses projets.
Si la communauté internationale salue généralement la vision et la volonté du Maroc de placer le continent africain sur la carte de l’énergie verte, l’épineux dossier du Sahara Occidental pourrait bien s’inviter dans les salles de marché et refroidir les ardeurs d’investisseurs soucieux de leur image et de leur conformité juridique. L’avenir de l’« Offre Maroc » se jouera désormais autant dans les déserts du Sud que dans les prétoires et les conseils d’administration internationaux.
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