L’or sous les sables : le Maroc et l’Algérie peinent à libérer une richesse enfouie

En Algérie, partie significative de l’activité repose encore sur des méthodes traditionnelles ou semi-artisanales.

Alors que les prix mondiaux de l’or poursuivent leur hausse, le Maroc et l’Algérie font face à un paradoxe persistant : un potentiel minier considérable qui demeure largement sous-exploité. Malgré la relance des efforts d’exploration et des ambitions stratégiques affichées, les deux pays se heurtent à des obstacles structurels, financiers et réglementaires freinant la transformation des ressources souterraines en gains économiques tangibles.

Maroc : une exploration sans percées majeures

L’activité d’exploration aurifère s’est intensifiée ces dernières années au Maroc, mais la production reste en deçà des attentes. Aujourd’hui, l’extraction est principalement concentrée à la mine de Tiouit, près de Tinghir, dans le sud du pays. Quant à la mine d’Akka, autrefois pilier de la production d’or, elle s’est reconvertie vers le cuivre après l’épuisement de ses réserves aurifères.

Les experts du secteur soulignent que plusieurs entreprises ont obtenu des permis d’exploration, mais l’absence de découvertes commercialement viables continue de peser sur la confiance des investisseurs. Les délais longs propres à l’exploration minière — souvent entre cinq et quinze ans — compliquent davantage la dynamique.

Le paysage minier marocain est marqué par la présence d’acteurs nationaux et internationaux. Le groupe marocain Managem, filiale du fonds d’investissement Al Mada, demeure en première ligne des activités d’exploration. Des sociétés canadiennes telles que Aya Gold & Silver ont également renforcé leur implantation, notamment à travers des projets polymétalliques ciblant l’argent et l’or.

Aya Gold & Silver a récemment annoncé des résultats issus du projet Boumadine, dans l’est du Maroc, mettant en lumière le potentiel minéral plus large du pays. Toutefois, les analystes rappellent que le Maroc reste derrière de grands producteurs africains comme l’Afrique du Sud, le Ghana ou le Sénégal, en partie à cause des coûts élevés d’extraction dans des zones montagneuses difficiles d’accès.

L’expansion africaine comme réponse stratégique

Face à une production nationale limitée, Managem a accéléré son expansion à travers le continent africain. Le groupe a acquis des permis miniers en Guinée, au Sénégal, en République démocratique du Congo, au Soudan et au Gabon, traduisant une stratégie de diversification des sources de production et de recherche de gisements plus rentables.

Dans le cadre de sa feuille de route stratégique, Managem vise une production annuelle de 500 000 onces d’or à l’horizon 2028, soutenue par des réserves estimées à environ 9,3 millions d’onces. Ce plan illustre la volonté du Maroc de consolider son rôle non seulement comme producteur, mais aussi comme investisseur majeur dans le secteur minier africain.

Réserves d’or du Maroc : la stabilité avant tout

Les données officielles indiquent que les importations marocaines d’or ont doublé sur un an, atteignant deux tonnes, avec une facture presque multipliée par deux. Malgré cette hausse, la banque centrale a maintenu un niveau stable de réserves, autour de 711 000 onces (22,1 tonnes).

Les spécialistes du secteur bancaire y voient un choix stratégique. Bien que précieux, l’or demeure moins liquide que les devises et n’est pas toujours facilement mobilisable en cas de besoin urgent. Cette approche reflète une préférence pour la flexibilité des réserves plutôt qu’une accumulation spéculative.

Algérie : un potentiel riche, une production limitée

En Algérie, le défi réside moins dans la géologie que dans l’efficacité opérationnelle. Le pays disposerait de réserves aurifères importantes, mais la production industrielle reste modeste. Une partie significative de l’activité repose encore sur des méthodes traditionnelles ou semi-artisanales.

Les autorités ont engagé des efforts pour structurer et réguler le secteur. Le ministère de l’Énergie et des Mines a lancé des appels d’offres nationaux afin d’attribuer des permis d’exploration et d’exploitation dans un cadre juridique plus clair. Les derniers cycles ont permis à six entreprises algériennes d’obtenir des droits d’exploration sur neuf sites miniers, principalement à Tamanrasset et Tindouf.

Parmi les gisements majeurs figure la mine d’Amesmessa, située à environ 460 kilomètres de Tamanrasset, avec des réserves estimées à près de 70 tonnes d’or. D’autres sites, tels que Tirek, Tiririne et Abegai, témoignent également du potentiel minier du pays.

Cependant, les experts estiment que les niveaux actuels de production restent insuffisants pour valoriser pleinement cette richesse. Une exploitation optimisée pourrait générer jusqu’à 10 milliards de dollars, mais cela suppose davantage d’investissements, de technologies modernes et d’infrastructures adaptées.

Un marché informel dynamique

Parallèlement au secteur formel, le marché informel de l’or prospère en Algérie. Dans des villes comme Alger, Oran ou Constantine, le commerce de l’or d’occasion demeure largement répandu.

Des courtiers indiquent que le prix du gramme d’or usagé avoisine 26 000 dinars — soit un peu plus de 200 dollars — selon la pureté et le caratage, avec une préférence marquée pour l’or 18 carats.

Les économistes soulignent que ce commerce joue un double rôle. D’un côté, l’or constitue une valeur refuge et un instrument d’épargne populaire, notamment pour les ménages en dehors du système bancaire. De l’autre, l’absence de régulation stricte soulève des enjeux en matière de fiscalité, de transparence et de protection des consommateurs.

L’or, entre culture et sécurité

Les sociologues rappellent que l’or occupe une place particulière dans la société algérienne. Au-delà de sa valeur marchande, il représente une forme de capital symbolique et de sécurité financière, en particulier pour les femmes. Sa présence dans les mariages, les naissances et les rituels familiaux renforce son rôle de « filet de sécurité » social informel.

Quelles perspectives ?

Pour le Maroc comme pour l’Algérie, l’or apparaît comme un levier potentiel de diversification économique à l’heure où les économies dépendantes des matières premières cherchent davantage de résilience. Mais concrétiser cette promesse nécessite bien plus que des campagnes d’exploration.

Cadres réglementaires stables, technologies d’extraction modernes, investissements en infrastructures et amélioration de la transparence financière seront déterminants. À défaut, une grande partie de cette richesse continuera de rester là où elle repose depuis des millénaires : sous les sables et les montagnes d’Afrique du Nord.

Avec Al Arabi Aljadid

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