Maroc : Le Conseil de sécurité pour une autonomie au Sahara occidental

Le plan d'autonomie, présenté pour la première fois par le Maroc à l'ONU en 2007, prévoit la création d'autorités législative, exécutive et judiciaire locales pour le Sahara occidental, élues par sa population.

Conseil de Sécurité Maroc autonomie Sahara Occidental

El Masrawi

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté, vendredi, sur un projet de résolution stipulant que l’octroi d’une autonomie réelle au Sahara occidental sous souveraineté marocaine « pourrait constituer la solution la plus viable » à ce conflit qui dure depuis 50 ans.

Le Maroc considère le Sahara comme faisant partie intégrante de son territoire et fait face au Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui cherche à établir un État indépendant.

Quels sont les détails du plan ?

Le plan d’autonomie, présenté pour la première fois par le Maroc à l’ONU en 2007, prévoit la création d’autorités législative, exécutive et judiciaire locales pour le Sahara occidental, élues par sa population.

Le plan maintient le contrôle de Rabat sur les affaires de défense, les relations étrangères et les affaires religieuses. En revanche, le Front Polisario réclame la tenue d’un référendum incluant l’option de l’indépendance.

Il n’est pas encore clair si le projet de résolution, rédigé par les États-Unis, a obtenu le soutien de la Russie et de la Chine, qui disposent du droit de veto. Pour être adopté, le projet nécessite au moins neuf voix favorables, sans qu’aucun des membres permanents (Russie, Chine, États-Unis, Royaume-Uni ou France) n’utilise son veto.

Le projet de texte soutient la proposition marocaine d’autonomie comme base de négociations entre les deux parties. Selon des diplomates, l’Algérie, actuellement membre du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans, pousse à la suppression de cette formulation.

Le Front Polisario a déclaré qu’il ne participerait à aucune négociation basée sur une résolution soutenant le plan d’autonomie, tandis que l’Algérie a affirmé qu’elle ne voterait pas en faveur de la résolution si celle-ci appuyait ledit plan.

Le projet de résolution prévoit également la prolongation, pour une durée d’un an, du mandat de la force de maintien de la paix des Nations Unies au Sahara occidental, connue sous le nom de MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), alors qu’un texte précédent ne prévoyait qu’une extension de six mois.

Le projet demande également au Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, de « présenter un examen stratégique sur le futur mandat de la MINURSO, en tenant compte des résultats des négociations » dans un délai de six mois. Le mandat actuel de la mission expire ce vendredi.

Ce qu’il faut savoir sur le conflit du Sahara

Le Sahara occidental s’étend sur une superficie de 252 000 km² sur la côte nord-ouest du continent. C’est une région peu peuplée avec environ 567 000 habitants, selon les statistiques de l’ONU et de la Banque mondiale.

Le Maroc, qui contrôle 80 % du territoire, affirme que le Sahara occidental est une partie indissociable de ses terres. Il ne s’oppose pas à ce que la région bénéficie d’une autonomie, à condition qu’elle reste sous souveraineté marocaine. De son côté, le Front Polisario, soutenu par l’Algérie voisine, insiste sur un référendum d’autodétermination, conformément à l’accord de cessez-le-feu signé en 1991.

L’un des plus longs conflits du continent

Le conflit a réellement débuté en 1975 lorsque l’Espagne, avant son retrait du Sahara occidental, a signé les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, par lesquels les deux pays voisins se partageaient le territoire. Cependant, les Sahraouis armés, fondateurs du Front Polisario, ont rejeté l’accord et ont poursuivi leur revendication d’indépendance.

Le Front a intensifié ses opérations et a encouragé des manifestations, tandis que le Maroc et la Mauritanie se tournaient vers la Cour internationale de Justice.

Le 16 octobre 1975, le Maroc a annoncé l’organisation de la « Marche verte » vers la région du Sahara. En janvier 1976, la « République arabe sahraouie démocratique » a été proclamée avec le soutien de l’Algérie.

Au début des années 1980, le Maroc a commencé la construction d’un mur de sable autour des villes de Smara, Laâyoune et Boujdour pour isoler les zones riches en phosphates et les principales villes sahariennes, mettant ainsi l’essentiel du territoire à l’abri des attaques des combattants du Polisario.

La position du Maroc s’est trouvée renforcée par l’arrêt du soutien de la Libye au Polisario dès 1984, ainsi que par l’immersion de l’Algérie dans sa propre crise interne.

La crise du Sahara occidental est considérée comme l’un des conflits politiques et humanitaires les plus longs au monde. Au cours de cette guerre, de nombreux Sahraouis se sont réfugiés en Algérie, où ils vivent dans des camps depuis des décennies.

Les estimations de leur nombre varient : le site du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) rapporte que le gouvernement algérien évalue à 165 000 le nombre de réfugiés sahraouis dans les cinq camps situés près de Tindouf, tandis que certaines agences de l’ONU avancent un chiffre oscillant entre 90 000 et 125 000. Ces agences soulignent que ces réfugiés vivent dans des conditions extrêmement difficiles.

Bien que l’ONU ait réussi à instaurer un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario en 1991, aucun règlement définitif n’a été trouvé à ce jour. Une zone tampon a été établie tout au long de la région contestée, séparant la partie sous administration marocaine de celle contrôlée par le Front. Les forces de maintien de la paix de l’ONU (MINURSO) sont chargées de sécuriser cette zone.

Le Sahara occidental dispose de zones de pêche riches et de réserves de phosphate. On estime également qu’il recèle des gisements pétroliers offshore inexploités.

La « République arabe sahraouie démocratique » (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976, est reconnue par plusieurs gouvernements et est membre de l’Union africaine.

Qu’est-ce que le Front Polisario ?

Fondé le 20 mai 1973, le Front a pour objectif l’établissement d’un État indépendant au Sahara occidental. Le nom « Polisario » est l’acronyme espagnol de « Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro ».

L’activité militaire du Polisario a débuté sous la colonisation espagnole, avec l’aide de la Libye et de l’Algérie. Il a ensuite mené un conflit armé contre le Maroc et la Mauritanie pour l’indépendance du territoire. La Mauritanie a fini par se retirer du sud du Sahara occidental.

Entre 1975 et 1976, le Front a proclamé la RASD et formé un gouvernement à Tindouf, dans l’extrême sud de l’Algérie. El-Ouali Moustapha Sayed a dirigé le Front de sa création en 1973 jusqu’à sa mort le 9 juin 1976 lors d’une attaque contre Nouakchott, la capitale mauritanienne. Mohamed Abdelaziz lui a succédé jusqu’à son décès en mai 2016, date à laquelle Brahim Ghali a pris la direction.

Le regain de tension (2020)

Les tensions ont repris après que les forces marocaines ont lancé une opération militaire dans la zone de Guerguerat, au sud du Sahara occidental. L’objectif était de mettre fin à ce que le Maroc a qualifié de « provocations » des combattants du Polisario qui bloquaient la route menant à Guerguerat, porte d’entrée vers la Mauritanie voisine, depuis le 21 octobre 2020.

En réponse, le Front a annoncé la fin de son engagement envers le cessez-le-feu, affirmant que les forces sahraouies étaient en situation de légitime défense. Brahim Ghali a publié un décret mettant fin à l’accord de 1991, ouvrant la voie à une confrontation militaire directe. Le Polisario a affirmé que cela faisait suite à la « violation du cessez-le-feu par le Maroc et à l’attaque de manifestants civils devant la zone tampon ».

Dates clés de l’histoire du conflit

  • 1884 : Début de la colonisation espagnole du Sahara occidental, alors habité par des tribus berbères.
  • 1934 : Le territoire devient une province espagnole sous le nom de « Sahara espagnol ».
  • 1957 : Le Maroc, fraîchement indépendant, réaffirme ses droits sur le Sahara occidental.
  • 1965 : L’ONU demande à l’Espagne de mettre fin à son occupation.
  • 1973 : Fondation du Front Polisario.
  • 1975 : Le roi Hassan II rejette l’avis de la Cour internationale de Justice de La Haye sur l’autodétermination et organise la « Marche Verte », mobilisant 350 000 Marocains pour prendre le contrôle du territoire.
  • 1975 : Retrait de l’Espagne et début d’une guérilla de 16 ans entre le Polisario et les forces marocaines.
  • 1975-1976 : Le Maroc annexe les deux tiers du territoire. Le Polisario proclame la RASD et établit son gouvernement en exil en Algérie. Des milliers de réfugiés fuient vers Tindouf.
  • 1979 : La Mauritanie se retire ; le Maroc annexe sa part du territoire.
  • 1991 : Cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU. Plusieurs cycles de négociations échoueront par la suite.
  • 2016 : Décès de Mohamed Abdelaziz ; Brahim Ghali lui succède.
  • 2020 (Octobre) : Des militants sahraouis bloquent le passage frontalier de Guerguerat, axe commercial vers l’Afrique de l’Ouest.
  • 2020 (Novembre) : Le Maroc établit un cordon de sécurité à Guerguerat ; le Polisario déclare la fin du cessez-le-feu.
  • 2022 : L’Espagne déclare que l’initiative marocaine d’autonomie de 2007 est la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend.
  • 2023 : Israël reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et envisage l’ouverture d’un consulat à Dakhla.
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